Les émotions

Nos émotions naissent en imitation de ce que nos parents nous apprennent en validant ou en invalidant par leurs propres émotions notre perception du monde. Nos émotions sont donc apprises, elle font corps avec à la fois des expériences et des manifestations personnelles, familiales et sociétales. Tout cela entre dans des jeux de résonances où il est difficile de distinguer ce qui nous impressionne personnellement de ce qui impressionne les autres, cela se nuance encore plus par ce qu’il est permis d’accepter dans le commun et par la représentation personnelle de ce que la société accepte ou non (selon Serge Tisserand).
Autrement dit, nous nous définissons dans l’intersubjectivité.

Les émotions donnent un signal indispensable à la survie, elles naissent d’un besoin et amène à une idée, un comportement, une croyance. Ce sont des sensations physiques, des ondes énergétiques corporelles reçues par le cerveau qui gère en fonction de la culture leurs sens et leurs moyens d’expressions. Elles sont stockées dans le système limbique, sous le néocortex dans le cerveau. Elle peuvent se mesurer sous forme de charge électrique et peuvent donc provoquer des déséquilibres de traitement par leur accumulation ou leur manque. Le corps comme les pensées peuvent recevoir cette surcharge. Leur mise à conscience dans le néocortex enlève alors la charge du système limbique.
Quand il y a surcharge, le thalamus (dans le système limbique) bloque la transmission au neocortex. La charge est traitée ainsi de manière inconsciente.

Expression de la joie selon ce travail

Circuit de l’émotion :
-Le thalamus reçoit le message des sensations.
-Il le transmet au cortex préfrontal
-Le cortex préfontal associe associe le contexte et crée un sens
-La douleur est traitée dans un endroit spécial, le noyau thalamique
-Le message passe par l’hippocampe qui crée le stockage et la remémoration des souvenirs. Il crée une émotion en lien avec le souvenir
-Le circuit se dirige vers l’amygdale qui fait émerger le processus émotionnel le plus adéquat en fonction du degré d’urgence de la situation. C’est aussi là où est traitée la mémoire reliée à la peur.
-L’hypothalamus et l’hypophyse envoient dans le corps alors des énergies différentes vers les signes vitaux en sécrétant des hormones.
-Le corps est prêt à agir avec l’ordre du néocortex.

L’émotion est aussi une réponse organique du système nerveux, un phénomène chimico-électrique, une production hormonale. Elle a un effet momentané, court, elle est composite.
Une des acceptations des émotions primaire est d’en relever trois ( Descartes en relève 6 ) :
surprise
joie
tristesse
et il y aurait des combinaisons possibles ainsi que des nuances descriptives d’une adaptation à l’idée d’une norme.
A la différence de la pulsion qui pousse à agir vers l’extérieur (le désir, la faim, le sommeil etc.), l’émotion induit un mouvement en-soi ( étymologie d’émotion : moveo du latin mouvement ).

Expression de la joie selon ce travail

La régulation de cet ensemble s’appelle l’homéostasie, c’est une attitude qui consiste à comprendre, à ressentir et à agir pour maintenir un équilibre biochimique personnel ( j’ai faim = je mange ). La création participe t elle de cette homéostasie ? Trop d’émotions positives ou négatives entrainerait une régulation nécessaire ?

Faire preuve d’empathie, c’est à dire la compréhension des émotions de l’autre est :
accueillir et reconnaitre les émotions de l’autre
répondre à ses besoins de façon adéquate à sa personnalité
donner des ressources pour associer, reconnaitre et exprimer les émotions
assurer sécurité, confiance et mots
Cela engendre :
résistance à la frustration, capacité de gérer cérébralement des quantités de plus en plus grandes d’émotions, de sensations désagréables ou fortes.
expérimenter et s’enrichir d’expériences de plus en plus variées et profitables
canaliser et contenir des sensations plus intenses et plus nombreuses
anticiper par l’imagination l’impact d’une expérience non vécue, protéger du danger
augmenter enfin la créativité qui sert d’ajustement entre une réalité et des besoins

Il est clair aujourd’hui que créer une musique participe de ce rééquilibre émotionnel. Mais dans l’autre sens, en musique que pouvons faire pour engendrer et créer des émotions ? Se fabriquent-elles toujours sur le ressenti personnel du créateur comme s’il était le média de nos « parents » biologiques ou symboliques par les figures d’autorité et d’influence ? Est-ce un devoir de les imposer ? Est-ce un devoir de les comprendre ou de les ressentir ? La musique engendre une dépendance par un système de récompenses chimiques créées par le noyau accumbens alors que le neocortex discerne les sons. Comment un apport de plaisir peut-il créer des émotions en particulier de privations sinon par un effet de contrastes et de frustrations ? Y’a t il une norme de plaisir ?

Expression de la peur selon ce travail

Attention ce qui suit n’est qu’hypothèse, cela reste une réflexion personnelle. Cette précaution me parait indispensable à prendre. Il ne s’agit pas d’imposer des émotions prédéfinies aux autres mais de se servir d’une voie créative, chacun étant libre de la recevoir à sa façon. J’en ai trouvé l’équivalent uniquement chez JM Charcot neurologue français du XIX°, mais mes recherches sont sûrement peu approfondies. Je vous encourage à lire et écouter les conférences de Radio France sur musique cerveau et émotions (2015-2016).

Nous choisirons ici qu’il est un devoir de les comprendre et non de les ressentir, que chacun est libre de ressentir ce qu’il souhaite, tout en devant comprendre que ce que peut ressentir autrui peut être différent. Ce n’est pas une mince affaire puisqu’il est nécessaire de comprendre :
-soi
-ce qui m’appartient et ce que j’ai acquis par imposition
-les autres
-qu’ils soient dans la même démarche que moi
-la nécessité de la différence
-ce qu’on fait
-le moyen d’expression par lequel on le fait (ici la musique)

Tristesse :
Insatisfaction du besoin en déficit quantitatif de nourriture affective, intellectuelle, d’intérêt.

Joie :
Satisfaction du besoin, équilibre chimico-électrique.

Colère :
Dépend d’un obstacle infranchissable.

Amour :
Dépend d’un obstacle franchi.

Peur :
Anticipation déclenchée par l’imaginaire. Se nourrit donc forcément d’elle-même. Insatisfaction de la sécurité.

Excitation :
Anticipation déclenchée par l’imaginaire. Se nourrit donc forcément d’elle-même. Satisfaction de la sécurité.

Dégout :
Emotion mixte. Basée sur l’expérience d’une émotion antérieure gérée par le néo cortex. Insatisfaction du besoin en déficit qualitatif.

Si nous acceptons que nous sommes donc, comme cités au début , soumis à une inquiétante étrangeté validée ou invalidée intersubjectivement nous pouvons par différents moyens sonores projeter ce que nous recherchons à atteindre :

Tristesse :
manifestation évidente de l’insatisfaction du besoin
– par quantité : peu d’instruments, tempo hésitant, durée courte du morceau, nuances faibles.
par contraste : rappel avec force (vitesse, durée, volume ) et quantité (timbres) d’un morceau associé à la tristesse ou de caractéristiques associée dans l’imaginaire collectif d’oeuvres audio/vidéo (le cinéma en regorge, les jeux vidéos) ou de récits (poèmes symphoniques, opéras). Cela par le trop plein, manifeste l’évidence du vide.
L’étrange est vécu comme insoluble, impossible, sans espoir, il s’échappe

Joie :
manifestation de la satisfaction du besoin
équilibre entre nombre d’instruments, rythmes, tempo et nuances. L’équilibre peut se faire d’un paramètre à l’autre ou dans une harmonie de tous les paramètres.
répétition de la satisfaction
L’étrange n’est pas inquiétant mais,identifié comme étrange et normal, procédé du merveilleux

Colère :
mise en évidence d’un obstacle :
disparition ou apparition brusque d’un élément sonore, du morceau entier, saturation d’un instrument,
manifestation d’une connotation de colère dans des processus sonores culturels, imitation d’un mouvement cyclique pour entrainer l’excitation
L’étrange est vécu comme dangereux, indépassable , refusable

Amour :
franchissement d’un obstacle :
accords, harmonie, temps marqué fluide, tempo régulier, résolution amenée avec durée (crescendo, accelerando résolu sur un pole modal/tonal/autre fort)
imitation, madrigalisme etc.
L’étrange est célébré comme complétude, accepté, loué

Peur
Anticipation insatisfaite :
arrêt brusque, surprise, contraste marqué, changement de contexte d’un paramètre sonore
identification des paramètres sonores très difficile voire impossible
évocation du manque de pouvoir personnel
L’étrange survient dans une norme , irruption du fantastique

Excitation :
Anticipation satisfaite :
accelerando, crescendo, accumulation, fugue d’instrument ou d’orchestre
sons identifiables
L’étrange surpasse une compréhension ou une analyse d’une réalité, l’action emporte le discernement

Dégout :
évolution dans un même morceau vers un appauvrissement harmonique, ou de paramètres divers
Références culturelle de l’appauvrissement ou du flétrissement , identifications sonores de plus en plus faciles, références à la mort en contrastes avec l’excitation l’amour et la joie
L’étrange est vécu comme déception en rapport avec un positif préalable, il change de forme pour se révéler comme obscène , cru

Des travaux autour du déclenchement des émotions dans une séquence en 4ème dont la problématique est « qu’est que la musique déclenche en nous » sont en cours.

 

4 réactions au sujet de « Les émotions »

  1. C’est une réflexion moins bien aboutie pour ma part que j’ai commencé cette année avec mes élèves. Nous avons créé un tableau avec le vocabulaire des émotions qui se complète au gré des écoutes faites en particulier en début d’heure avec la méditation de pleine conscience. Les élèves réclament la boîte à émotion… j’espere Ainsi qu’ils vont pouvoir augmenter leurs ressentis ( pour certains c’est compliqué : réponse de certains: néant des émotions ,au moins maintenant ils l’expriment), et donc le plaisir, le besoin, et ce qui ne gâche rien d’ecouter De la musique qui sort de leur répertoire habituel avec envie…. gros challenge. Merci Remi

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