La Classe Étrange

Qu’est ce qui déclenche une mise en action ? Qu’est ce qui incite à rentrer dans un processus de création ? Les réponses peuvent varier de la croyance ( « c’est comme ça , une force extérieure m’a possédée » ), à la scolastique ( « j’ai imité mes ancêtres, j’ai possédé une technique ») en passant par la psychanalyse ( « parce que j’en ai besoin » ).

Si nous admettons la théorie de la pyramide de Maslow par exemple, que @DamienRennes a particulièrement bien abordé dans ses questionnements sur l’adolescence et la musique, alors nous devons replonger dans ce qui met en place le processus créatif d’un point de vue psychologique.

La mise en déséquilibre d’une sécurité intérieure dans un cadre sécurisé conduit nécessairement au dépassement de soi et donc à la créativité. Par un processus de déstabilisation, on recherche à faire émerger une inquiétante étrangeté qui appelle une réponse guidée par le thème consacré, en ce qui nous concerne la musique.

Si cette pratique peut être particulièrement facilitée par l’aspect spatial des arts plastiques, la dimension sonore implique une mise à disposition de l’espace plus contraignante. Il n’y a pas 1 studio par élève en classe. Un matériel d’enregistrement sera nécessaire à toute création comme témoignage car tous ne possèdent pas non plus de capacité d’écriture musicale.

L’entrée étrange :

Un geste, un mouvement, un son, une disruption de timbre, de volume, de durée, de hauteur, spatiale, temporelle, une suite d’actions sonores peuvent concourir à engendrer la création d’une déstabilisation et donc d’une problématique ou d’un projet.

Un énoncé étrange

Ayant déjà testé les entrées étranges avec des élèves, les concepts sont riches et prometteurs. J’ai au début de ma carrière déjà testé le « que voulez-vous apprendre aujourd’hui ? », qui prenait une saveur toute particulière fort appréciable mais j’en ai vu les limites par rapport au manque de contenu méthodologique. De plus penser le cours en spiralaire avec autant de différenciations rend vite le travail totalement herculéen. Il faut un système contenant afin de permettre cette différenciation.

La classe étrange :

L’acte déclenche une suite d’action.

Le temps total est prévu sur 3 séances.

Le but étant de déclencher chez l’élève une démarche artistique et qu’il s’oublie dans le temps à terme, l’élève pouvant revenir à chaque étape s’il le souhaite, en transformant son idée, une fois que l’étape à retravailler est identifiée. Cette approche prend le parti très clair qu’une oeuvre ou qu’une problématique peut venir non pas forcément en amont mais pendant la réalisation. Créer devient central, la mise à conscience peut advenir plus tard. Mais pour moduler, il faut savoir quoi moduler, c’est ainsi que l’apparence d’une liste ordonnée peut tromper l’intention de la mise en place. Ici le terme étrange signifie modulaire.

Chaque fois les élèves peuvent partir ou repartir d’un point du timer (app Timer) afin de moduler leur travaux, comme les deux flèches de la capture écran l’indiquent. Nous avons là un temps cyclique dans lequel nous nous baladons comme dans un espace, en reprenant là où nous le souhaitons.

Ils peuvent faire appel aux gifs pédagogiques en ressources bien sur en plus de leurs idées créatives et des traditionnels systèmes d’ilots ludifiés, permutés ou étranges.

La classe étrange l’est par la nature protéiforme de l’organisation.

Un ou plusieurs élèves créateurs créent leur groupe d’action. En voilà les rôles possiblement convertibles :

Chaque organisation peut revêtir des caractéristiques étranges :

lien vers les formes des ilots étranges

Ce type d’organisation peut répondre à deux désirs :

  • la coopération totale dans une classe d’éducation musicale en format traditionnel
  • la mise en place d’une créativité musicale en autonomie très grande

Il est peut-être à penser un jour un système où l’enseignant est à disposition de l’élève sans cadre temporel, juste par sa présence sur place. Le système actuel n’étant pas dans ces modalités, il sera impossible pour l’instant de l’éprouver, bien que des solutions de mixité avec les heures de permanences peuvent s’y prêter un peu.

Ce système peut être facilement adjoint

des gifs pédagogiques,

des hashtag émotionnels,

de l’Atlas des Ténèbres

et du Sphérier.

Les Gifs Pédagogiques

Avec en tête une utilisation en renvoi sur QR codes ou de systèmes tels qu’Aurasma ou Mirage Make, voilà les Gifs Pédagogiques.

Une utilisation en plan de travail autour du sphérier peut s’y prêter tout à fait, ou dans le cadre de la classe étrange.

Sur GarageBand, étendre les mesures en enlevant la limite à 8
Sur Garageband, ajouter une piste instrumentale
Partager une image ou une vidéo en airdrop
Un énoncé étrange

Les ilots étranges

Tout d’abord je tiens à saluer ma collègue de français Valérie Pergola sans qui rien n’aurait pu émerger, nous avons passé la journée à mettre au point ces systèmes.
Valérie a éprouvé la nécessité de mettre les élèves toujours en action. En effet, le jour de notre co-animation, nous nous sommes retrouvés dans un moment de création où les élèves étaient en panne lors des phases de créativité, où tout le groupe n’était pas investi.
Alors vint l’idée d’organiser non pas une nouvelle répartition de rôles mais un nouveau rituel, qui nous semble t il, peut s’appliquer en combinaison avec les hashtags émotionnels et avec les ilots ludifiés/permutés.

Les îlots ludifiés avaient pour but d’organiser la coopération au sein d’une classe relativement à un travail, ce qui favorisait la répétition de l’information, sa manipulation par les pairs et l’engagement. Les ilots permutés avaient pour but de s’adapter à l’investissement de l’élève et de proposer une aide méthodologique à la coopération. Les ilots étranges ont pour but de proposer une stimulation constante et une conscience de la diversité des compétences d’un individu.

Plusieurs types d’îlots vont être testés au cours des deux prochains mois. Mais ils présentent tous un point commun, ils sont mobiles. À l’image des Quarks (ces particules quantiques) et particulièrement de l’un d’entre eux, j’ai opté pour l’appellation « ilots étranges ».

Le système est simple : dès qu’un élève effectue une action, il est immédiatement créateur d’un système coopératif momentané, spatialement organisé autour de lui.
Prenons l’exemple d’un ilot qui doit produire un texte en fonction de contraintes explicitées au préalable, comme le réalisme dans le roman policier.

  • Type étrange 1 :
    Tour d’idées de 1mn : chacun donne une idée, on prend le premier à l’avoir donné
    les élèves prennent leurs documents ressources
    Autour de l’élève créateur, s’opère un système :
    Les trois ou quatre élèves autour de lui valident ou invalident l’idée, en fonction des attendus et de leurs gouts, mélangeant compétences de cours et capacités conitives.
    On recommence à chaque élève.
    On prend les idées validées et on vote à l’intérieur de l’îlot , en gardant celles qui se combinent.

On donne 10 mn, le scribe/chercheur écrit l’idée, il lisent ce qu’ils ont fait
Retour au groupe classe où l’on valide si l’écrit est possible
On recommence 3 fois en gardant un temps de fin pour les ambassadeurs/reporter sur 55mn

  1. Variante 1
    Tour d’idées : ceux qui ont une idée en donnent une, ceux qui n’en donnent pas tout de suite donnent des arguments critiques, pour ou contre, tout le monde valide à la fin
  2. Variante 2

1 élève dit une idée, son voisin de droite évoque immédiatement ce à quoi cela lui fait penser. Son voisin de gauche reprend la même idée avec ses propres mots et entame le même procédé avec le ou les derniers membres.

  • Type étrange 2 :
    1 donne une idée
    Les deux à sa droite et sa gauche ( voisins) disent avantages et défauts de l’idée en argumentant.
    Le dernier valide ou non et rappelle toute l’histoire
  1. Variante 1
    1 donne une idée
    Les deux à côté développent l’idée avec les connotations qu’elle implique
    Le dernier valide et rappelle toute l’histoire
  2. Variante 2
    1 donne une idée.
    Il défend son idée avec son voisin de droite en argumentant. L’autre dit immédiatement à quoi ça lui fait penser, l’autre groupe de 2 fait pareil
    Les deux autres inversent les rôles.
    Tous à tour de rôle ils racontent ce qu’ils en ont pensé et on fait un tour un de vote afin de choisir l’idée développée.
  3. Variante 3
    1 donne une idée, dans le sens des aiguilles d’une montre, on développe l’idée
    CQQCOQP
    Qu’est ce qu’il fait dans le lieu de départ (Pourquoi)
    Qu’est ce qu’il lui arrive après (Quand)
    Où est ce que ça lui arrive (Où)
    Qu’est ce qui choque les gens, une idée disruptive (Comment) etc.

Toutes les idées non choisies se retrouvent sur un site ou dossier collaboratif (padlet, dropbox, doc etc) qui servira de réservoir à disposition, amenant l’utilisation d’outils tels que le sphérier le propose.
On peut se servir dans ce cas précis par exemple aussi de générateurs de phrases automatiques pour le plus petit cercle, celui de dépendance quasi totale, attendu que la dépendance permise mais caractérisée par le plus petit niveau d’attendu soit abandonnée consciemment au profit d’abord de l’inspiration puis de la création autonome.

Il est très facile de transposer les ilots étranges dans des activités plus musicales directement. Prenons la création de chanson :

 

1 élève crée une phrase. Immédiatement
son voisin de droite devient en beatbox la batterie
son voisin de gauche devient la basse ( ainsi l’apprentissage du chant s’axe davantage de façon harmonique que mélodique, ce qui peut varier l’approche d’un chant de façon radicale )
un autre utilise un séquenceur pour aider ses camarades à l’aide d’un outil numérique
un autre propose immédiatement une autre phrase inspirée de la première, ou une autre mélodie de la première phrase (une polyphonie peut se créer aussi par ce biais) , ou valide en argumentant
puis les élèves non engagés dans la rythmique chantent ensemble la création depuis le début.

Le système touche chaque élève qui crée une phrase. Dans cette optique, très rapidement chacun joue tous les rôles de coopération.
L’approche systémique prend le parti ici de la complexité effective des macro processus (Lubart). Dès lors qu’est engagé un processus complexe, son observation ne dépend pas de la somme des composantes de ce processus mais du système lui-même. Je reprends la métaphore de la différence entre un objet simple et complexe : si un Boeing est un objet simple parce que ses composants peuvent être démontés un à un, alors la mayonnaise est un objet complexe parce que la somme de ses composantes a engendré un nouvel état dont les interactions de ses composants sont indissociables. Si l’approche systémique des ilots, en parallèle de cet exemple, fait que le projet pédagogique dans lequel ils s’insèrent soit complexe, alors légitimement je peux me baser sur cette complexité afin de faire naître de nouvelles interactions, comme élaborer une recette systémique.
Ces systèmes vont être testés en mélangeant deux complexités : les ilots ludifiés/permutés et les hashtags émotionnels.

L’Atlas des Ténèbres

 

– en construction –

S’il est une expérience que j’ai apprise, ou comprise, ou plutôt essayée d’observer, c’est qu’une attitude naît d’une compréhension plus étendue du monde au travers d’une observation lente qui peut renverser même des certitudes ancrées.
Observer des moyens par lesquels la civilisation s’est construite me semble être des interfaces efficaces pour mettre à conscience un retour vers soi et en espérer une certaine, non pas amélioration, mais re découverte. Comme dépoussiérer notre soi, comme se reconnecter, recontacter notre plante originelle.
Goethe n’est pas le seul inspirateur de ce travail.


Florence @mazicmu , une #edmus, m’a beaucoup influencé avec ses mindmaps méthodologiques. Elles sont magnifiquement intelligentes.
J’ai voulu donner à l’élève l’occasion alors de créer non pas son parcours d’après une méthodologie traditionnelle centrée sur la progression de compétences ( par exemple : en CE1 je sais reconnaître un verbe, en 3° je sais reconnaître une figure de style ) mais davantage sur l’objet et l’action de cette compétence ( je poursuis l’exemple : comment puis-je apprendre à « reconnaitre » dans un monde de symboles, alphabets, codes, qui,appartiennent à une culture et une époque ).
L’outil a donc des fonctions essentielles et peut être augmenté en fonction de la complexité des technologies ou de ce qu’il implique.
Mais c’est surtout le fait que l’élève puisse créer son outil. Qu’il devienne conscient que tout était là, déjà présent, sous ses yeux. Que ses inventions révèlent, par la mesure d’outils déjà performants, son appartenance au monde et à lui-même.
J’ai appelé ce chantier, car c’en est un et de taille, l’Atlas des Ténèbres, espérant donner des phares à chacun, plus exactement la possibilité à chacun de créer les siens.
L’élève crée l’outil, l’élève estime la relation qu’ il a avec l’inconnu. Tout cela en direction de l’éducation musicale bien sûr.


Filant la métaphore de l’exploration, le corps de métier qui m’a semblé adapté est la navigation.
Chaque semaine, l’élève aura à remplir et réfléchir sur ces fiches :

La battle du siècle – activités avec Phonotonic

 

La pratique musicale reste le coeur de notre discipline. et quand un outil comme Phonotonic permet d’utiliser le sampling en même temps que le geste, alors il s’insère naturellement je pense dans le cours, propice aux activités.
Je l’ai utilisé lors de la suite du cours sur l’empire des sons, cours axé sur le geste musical, en 4°.
Un phonotonic est un capteur Bluetooth de mouvements (accéléromètre et gyroscope) inséré dans une balle. Ce capteur renvoie un signal à une application qui fait tourner en boucle plusieurs sample. Les pistes tournent en même temps, elles sont toutes en « mute » sauf celle qui est assignée à un type de mouvement. On a donc l’impression que le geste contrôle le type de boucle émise. Cet objet a été créé par un remarquable chercheur de l’Ircam, Nicolas Rasamimanana.

La Battle du Siècle

Plusieurs façons de pratiquer l’activité ont été testées :

Après visionnage du teaser, des volontaires viennent performer une battle, de 30 secondes environ, avec une phonotonic chacun qui émet le même sample. La classe vote la performance la plus spectaculaire. L’explication des temps vient après ainsi que la mise en groupes.
Pendant 10 mn, après un énoncé oral qui en substance dit : « choisissez vos équipes afin de créer une chorégraphie, nous allons la mettre en musique après et seuls les volontaires passeront », les élèves s’entrainent. Puis ,visionnage du teaser et ils performent en groupes les uns après les autres devant la classe qui vote. L’explication des temps aide à parfaire les chorégraphies.
Celle que je retiens : un entrainement à l’activité introduit la manipulation de l’objet ainsi que la conscience des temps. Après une conscience du tempo avec tête et pied, chacun frappe en trouvant le système (binaire ou ternaire, ici binaire) le premier temps de chaque mesure. Puis j’introduis un phonotonic uniquement avec le rythme joué. On se les passe d’élève en élève afin que la réception se fasse sur ce premier temps. On peut les passer ou les lancer. Il y a donc obligation d’anticipation du premier temps. J’introduis dans un second temps un autre phonotonic avec la mélodie mais cette fois sans le rythme. Ce qui entraine une concentration accrue puisque ce sont les changements d’accords qui permettent de prendre conscience des mesures. Enfin j’introduis les deux phonotonics en même temps.

Mon observation est que les élèves ne comptent plus les temps et se laissent emporter par le ressenti des mesures assez rapidement.

Je passe enfin le teaser et je propose à chacun de former des équipes, des « team » pour garder un vocable adapté aux battles. Avant de s’entrainer, je propose à un élève volontaire de créer un geste. Je passe le phonotonic mélodique à cet élève et il reproduit rien qu’avec le capteur sans la boule réceptacle le geste en anticipation du premier temps, après en avoir ressenti le tempo.
Cet élève avec sa team devient leader d’un camarade puis d’un groupe qui imite son geste.
La team devient leader de la classe ainsi.
Après que la chorégraphie ait été performée, le capteur peut changer de leader.

Nous avons testé le capteur en main, dans les chaussettes, sur la chaussure. Il s’avère que la main reste à privilégier pour une meilleure maîtrise de l’instrument par rapport à une conscience des gestes associés aux sons et une conscience du tempo, mais le capteur sur le pied est aussi source de créativité inattendue.

Nous disposons de 6 iPad et de 10 phonotonic. Nous pouvons associer un Ipad à 1 phonotonic et ainsi laisser les élèves en autonomie dans leur création de chorégraphie. Ils peuvent la continuer chez eux, nous proposons alors des entrainements soit dans la cour, soit par visioconférence de type skype, FaceTime ou Hangout afin qu’ils s’entrainent en groupe.

J’ai créé trois niveaux de difficulté :
30 secondes / 3 gestes
45 secondes / 5 gestes
60 secondes / 7 gestes
Attendu que le niveau difficile soit dépassé par le plaisir.
Chaque geste va de plus en plus être associé et créé en fonction du sample qu’il conditionne.

Des consignes ultérieures vont enrichir cette activité à la frontière de ce que la danse en E.P.S. peut proposer , nous avons déjà travaillé avec ce outil l’an dernier avec mon ami Florent Farge qui maîtrise l’outil informatique, un travail conjoint avec l’E.P.S. est tout à fait adapté :
Imiter un geste à partir d’une chorégraphie connue
Donner des consignes spatiales : geste qui va au sol, en l’air, à droite, gauche, tout cela augmenté par l’aspect « balle » du phonotonic
Reprendre les gestes martiaux de l’activité « l’empire des sons », imitation d’animaux, de métiers etc.
Répertorier les mouvements : en sautant, en marchant, en courant, immobile etc
Cartographier les déplacements : à la manière d’un quadrillage de wargame ou d’escrime, se créer une carte des déplacements de sa team. Une application multi plateforme adaptée me parait être « Explain Everything ».

Ici un test avec en fond une carte d’un jeu de rôle vidéo avec quatre élèves fictifs et un phonotonic. La carte peut être aussi tout simplement la salle de musique avec quadrillage.

En ce qui concerne le leader, des consignes de mesures :
Imiter le leader sur 4 mesures
Devenir un leader sur 4 mesures
Accompagner en miroir, opposition, adjonction du leader, etc.

Afin de prendre conscience du parcours et des mouvements, nous pouvons créer une fiche de personnage : quelle est la façon de bouger de cette personne ? Comment pouvons nous le caractériser ? Nous faisons un travail en construction de l’escape art game avec Valérie Pergola qui va dans ce sens et nous utilisons les fiches de jeux de rôles afin de caractériser nos personnages de l’énigme. Ce procédé peut tout fait avoir sa place ici avec les mouvements la corpulence, la démarche. Nous pouvons nous servir d’autres oeuvres d’arts, des tableaux, des films, des personnages de romans, de théâtre etc.
Nous pouvons aussi y réassocier après une musique. Si ce personnage était une musique, quelle serait-elle ? Ce la peut aussi engendrer des idées de mouvements.

Nous pouvons enfin cartographier comme un continent ou une google maps les mouvements d’une équipe, cela peut entrainer vers d’autres activités ou être le prétexte à une activité plus large, comme les mouvements du monde, ou se prendre pour Gulliver etc.

Enfin dans un aspect plus poétique mais qui permettrait de prendre conscience de la présence d’autrui et de sentir les mouvements sans forcément les voir, se servir d’une application qui explique et permet de manipuler la gravitation entre les planètes me séduit tout à fait et de la même façon un synthétiseur granulaire comme Borderlands Granular qui permet de diriger la modification d’une fréquence comme un parcours en programmant à l’avance les zones échantillonnées et modifiées.

 

 

Art Escape Game – l’instrument lieu

Niveau : 4°
Durée : 5 ou 6 mois

Matières : Français ( V. Pergola ) et Musique

Dans la mouvance des escape game, ces jeux de rôles grandeurs natures qui se déroulent, comme une murder, dans un espace fermé et dont le but, par une série d’énigmes successives, est de sortir d’une pièce dont les éléments sont scénarisés, cette année au collège nous allons réaliser un Art Escape Game.

Le but de ce travail sera de construire dans une pièce une succession d’événements sonores et littéraires, comme un système d’alarme mais contrôlé. C’est aussi vieux comme procédé que le théâtre d’ombre.

J’aimerais y associer l’informatique pour laisser le corps libre, c’est ainsi que nous utiliserons des capteurs arduino, des makey makey, reliés au logiciel MAX MSP et à des enceintes. Il s’agira alors pour l’élève de créer une chorégraphie déclenchant les évènements sonores. L’élève va créer sa musique par son mouvement, l’instrument devenant une pièce. Par la mobilité du matériel, cette installation interactive pourrait prendre place dans différents lieux.

Je n’ose imaginer une connexion à distance des évènements sonores qui pourrait ajouter une dimension connectée, je pense aussi à une absence du numérique totale remplacée par des improvisateurs qui pourrait donner lieu à un travail d’observation et d’écoute, ce serait un opéra improvisé en quelque sorte… L’idée me séduit aussi…

Ces évènements seront scénarisés par les élèves eux-mêmes qui vont construire tout ou partie du jeu, comme un cluedo interactif, en fonction des matières qui se joindront à nous car nous le lançons en Français-Musique. Nous espérons en la Technologie, en l’EPS et dans les Arts Plastiques, même si les Mathématiques, la SVT, la Physique et les langues peuvent s’y inclure avec évidence.

Je vais y décrire ici la feuille de route générale :

Dans les premières séquences, les élèves vont en écrire l’histoire. Nous fonctionnerons par ilots ludifiés, chaque ilot ayant une tablette dont l’écran sera reflété au tableau afin que chacun puisse voir en se déplaçant le travail des autres. J’ai pensé à créer un document collectif mais je considère que cela pourrait nuire à la concentration de chaque groupe et défaire de l’effort engager le corps même dans une démarche de curiosité. J’opte pour des documents séparés mais tous retransmis au vidéoprojecteur en même temps.

Nous allons dans un premier temps déterminer le nombre de parties de l’histoire, orientés par un canevas intangible : un/e héros/héroïne qui enquête, un/e coupable, un/e victime, des suspects ( 2 ou 3 ). Nous déterminerons aussi les lieux (3 lieux), l’époque. Le genre sera forcément policier.
Un lieu peut être une pièce d’une maison, un quartier d’une ville, une ville dans le monde.

Nous procèderont en écrivant nos idées et en les dessinant, sur des feuilles de couleur ( une couleur pour un groupe ) , puis nous les sélectionnerons rapidement en les affichant avec des pinces à linge sur une corde comme nous avions fait pour le roman en musique dont vous êtes le héros et le site interactif.

Une fois le canevas de l’histoire installé, chaque ilot écrira la même partie et nous marquerons des pauses afin de sélectionner par vote la partie déterminée.

Chaque partie écrite, nous entrerons dans une phase de création musicale où les élèves réfléchiront à associer un bruit, une musique et/ou des dialogues représentatifs de leur scène.

Par exemple : si l’héroïne rencontre un suspect dans un bar, les élèves probablement pourront créer une ambiance de bar avec des gens qui parlent en fond sonore, une musique diégétique et un court dialogue résumant ce qu’ils se disent, interprété bien sur.

Une fois tous les sons créés par l’ensemble des groupes de la classe ( qui ne créeront peut-être pas les sons de la même partie tous, nous nous répartirons les devoirs), nous les plaçons dans une banque de données, probablement sur une clef.

Puis nous allons déterminer des objets réels ou en images qui pourraient correspondre aux événements et aux sons.

Par exemple : pour l’exemple de l’héroïne dans un bar, une bouteille . Si l’action se passe le matin, une cafetière. A midi , un verre à pied. Si l’action se passe le soir, une bouteille.

Par le logiciel MAX MSP qui consiste à créer des actions sur des environnements numériques électroniques, nous attribuerons les sons à des capteurs. Capteurs de mouvements par ultra sons, de lumières. Par les makey makey, le fait de toucher une partie conductrice actionnera le son comme un interrupteur.

Par exemple, en soulevant la bouteille qui laissera donc la lumière entrer dans un capteur photosensible, un son sera émis, son qui représentera deux aspects : un aspect descriptif de la narration et un aspect musical. La parole deviendra un matériau sonore à part entière en même temps que la narration d’une histoire.

Nous créerons enfin un teaser, une bande annonce, qui servira d’introduction au jeu. Nous allons mêler le numérique au théâtral : il y aura à l’écran une scène filmée comprenant un outil numérique de captation : un élève pourra utiliser un téléphone, un iPad, ce qui sera filmé et retransmis sur un écran.

Puis quand nous aurons tout installé, un ilot d’une autre classe viendra expérimenter la remise en ordre des éléments. Un talkie walkie servira d’outil de liaison entre l’ilot qui jouera et celui qui aura participé à la création du jeu. La classe restante observera le jeu qui durera 15 mn par ilot.

Quand la recomposition de l’histoire originelle sera opérée, les élèves devront le prouver en comprenant la trame, en marquant qui, quand, où et avec quoi l’assassin a frappé.

Ce sera enfin l’occasion de décomposer l’histoire et de se servir de l’escale game comme un instrument de sample. Les élèves devront réfléchir à une chorégraphie, une série de mouvement afin de créer un morceau contemporain. Parce qu’ils jouent en équipe, ils peuvent manier la polyphonie, le mélange de sample aisément.

Ils pourront ainsi recréer leur polyphonie de façon muette, en chorégraphie seule à la fin de leur travail.

Si nous arrivons à mener ce projet à son terme, nous aimerions inviter les parents d’élèves à expérimenter le jeu dans un moment de rencontre.

Je tiens particulièrement à remercier les #edmus :
Valentin Leroux qui m’a montré avec patience et gentillesse l’utilisation d’Arduino et de Max MSP et Anne-Claire Scebalt qui m’a grandement aidé et accompagné dans la compréhension de ces programmes ainsi que dans la construction du concept.

Je remercie aussi David Plumel qui va m’aider à y associer de la robotique, j’y vois aussi un développement possible avec les drones qui ne sont pas sans rappeler les travaux de Nicolas Olivier.

Il me paraissait intéressant de reprendre le système des objets connectés et des alarmes mais de le renverser afin que justement ce soit le déclenchement qui soit recherché et non l’absence de déclenchement. C’est une façon de remettre l’humain en place centrale de son environnement numérique, qu’il choisisse lui-même ses actions possibles dans une liberté créative, à l’image d’un holodeck de Star Trek mélangé à un instrument de type sampleur.

Outre les dimensions évidentes de collaboration entre élèves d’un ilot et d’autres classes, le geste musical, l’interaction avec le sonore et l’humain, la composition, l’apprentissage de l’écoute peuvent prendre sens dans une nouvelle façon d’agencer et de considérer les sons.

A noter en parallèle de ce travail, l’excellent dossier des cahiers d’ethnomusicologie sur le geste musical.

Ludovia 2017 Nouvelle Aquitaine

Penser l’activité avec l’empreinte du numérique

où vivons nous… www.flipmusiclab.fr

lien vers Ludovia

Le monde numérique

A l’heure des applications, des clouds, du design thinking, des détournements des usages des réseaux sociaux, des blockchains, de l’AVAN ou BYOD, des BIG DATA prédictives, des IoT, nous pensons notre pédagogie souvent par l’objet numérique.

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Nous vivons dans un monde numérique, l’environnement est dans la machine et hors de la machine.

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La question de la place de l’homme dans cet environnement, se pose ici et maintenant. Tout d’abord parce qu’elle fait nécessité face aux injonctions claires ou induites par la diffusion des objets, programmes ou autres, mais aussi parce qu’elle détermine un avenir immédiat de société, où une non-expertise de ces domaines ne garantit pas une place sur le marché du travail.

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Cependant, la question de la fin de ce monde est inhérente à sa nature et de grands penseurs nous poussent à investir ce champ de réflexion, je pense à Alexandre Monnin ou Stephane Vial en particulier. D’ici 2040, nous ne produirons plus de phosphates. D’ici 2050 les réserves de métaux se tariront. D’ici la fin de ce siècle, notre anthropocene aura vécu un changement climatique d’une rapidité sans précédent, la Coop21 de 2015 en rappel.

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Sans entrer dans un inutile futurisme, il n’est pas possible de penser de tels enjeux en pédagogie en éducation musicale sans décrypter ou penser nos agissements dans ce monde. Je crois qu’il nous faut poser des bases de transmission d’une forme de culture en conformité avec nos habitudes encore très inconscientes, habitudes issues de ce monde numérique.
On peut penser l’ère industrielle en départ de cette nouvelle modalité de comportement, de cette nouvelle ère humaine, il m’apparait pertinent de parler de rupture de cette ère avec la fin de la seconde guerre mondiale. En voici quelques raisons majeures : une idéologie dominante de libre échange économique qui va réduire davantage que toute colonisation, le rétrécissement de l’espace et du temps; un déploiement des infra-structures dans chaque aspect de la vie quotidienne qui va peu à peu tarir et remplacer, sans aller aussi loin que Bourdieu, l’hyper structure des nations; une reconstruction du monde à l’image de et par l’image de cette émergence des diversités dans une agrégation; une perte des repères locaux et une profusion de repères lointains; une exploitation des ressources premières très accélérée.

*
De la même façon qu’Eva Illouz, citée par Monnin, l’observe pour les relations amoureuses, notre comportement a changé, imperceptiblement. Nous avons glissé sur une accélération qui comme chaque fois, nous échappe et nous grise. A l’image du clip de Carmen de Stromae, nous (je ne m’extrais pas) sommes dans un flow autotélique pensant le monde parfois avec quelques années de décalage, sans dire quelques siècles.

*
Peu à peu, je me suis tourné vers l’importance de penser les comportements des élèves avec ce prisme du numérique en privilégiant l’activité en cours et donc, la place centrale de l’élève. Je suis issu d’un enseignement académique très traditionnel, que j’ai tenté de reproduire en me heurtant à des difficultés que j’attribuais à d’autres et à une pseudo nature humaine. C’était sans compter mon propre cheminement. Tous ces travaux ont été éprouvé en situation mais cela ne garantit pas leur efficacité, cela garantit leur vie, leur animation, leur modification, parfois leur abandon. Avant d’aller plus loin, tout ce travail est la manifestation d’une pensée collective au sein du groupe #edmus sur internet, dans nos rencontres #edmusconnect, affiliés à notre association disciplinaire l’ @APEMu, et de notre propension à nous émuler les uns les autres. Aucune idée n’aurait pu naître sans les échanges, les aides, les apports, les contestations de chacun. Je ne pense pas en fait qu’il existe d’El Dorado pédagogique hors de la propre relation qu’un enseignant participe de créer avec ses élèves. Je pense par contre que de nos comportements dans ce monde numérique et de la façon dont nous concevons celui-ci dépendent la facilité de transmission de ce qui constitue une culture, et qu’au centre de cette place qui ressemble aujourd’hui davantage à Picadilly Circus qu’à une agora antique, il y a l’humain.

*
Dans cet ordre de pensée, je propose trois entrées : des outils abstraits comme des démarches d’organisations, des outils concrets comme des outils d’évaluations, des séquences tournées autour d’une problématique.

Outils abstraits, organisations :

  • Les îlots ludifiés et permutés. Si Freinet nous parle des métiers des élèves, c’est qu’il a développé tout un contexte dans sa démarche. Loin de moi l’idée de me sortir des épaules de ce géant pour le regarder en face. Par contre, son idée d’infrastructure de responsabilité permet une fluidification , une simulation, qui présente l’intérêt d’aborder des connaissances de façon tout de suite pratiques, concrètes sans renoncer à les expliciter. Si on regarde les groupes de héros de ces dernières décennies, on a non plus une extrapolation familiale de l’individu mais une auto-organisation coopérative. C’est l’idée précisément des sites de curation et des réseaux sociaux, qui aujourd’hui se déclinent en fonction de ce que l’individu fait et est témoin. Plus on en sait sur l’individu et plus on est en capacité de le choisir. Il suffit de regarder comment procèdent les anciens speed-dating ou les sites de rencontre. L’image dans son obscénité définit non plus l’être comme peut aussi le critiquer Mazarine Pingeot dans son ouvrage sur la transparence, mais l’image reflète une confusion entre une nature et un savoir-faire. L’expression de soi dans une contenance de comportements à travers des fiches m’apparait un retour de ce point vers une place centrale de l’individu. Explication des deux principes.
  • Intersubjectivité : à l’heure des algorithmes de traduction, à l’heure des liens, des hyper liens, des interactions dans les IoT, comment nous interagissons ? Depuis Socrate et ses tamis dans la conversation, comment échangeons nous les idées ? Et surtout comment cette idée se manifeste à nous ? Il apparait qu’une page renvoie toujours à une autre, que les compréhensions des choses s’arrêtent toujours à la non vérification, et que des méthodes mêmes de connexions entre les idées concourent finement à la manipulation des esprits comme peut l’expliciter Nicolas Le Lhuerne. L’intersubjectivité se veut être un algorithme relationnel qui permet de cerner dans le débat des directions d’approche d’une idée et une compréhension mieux définie de ce que chacun peut apporter à cette idée. Si je vous évoque un « gâteau » et que vous vous arrêtez sur ce mot … Il y a beaucoup de chance que chacun puisse en imaginer, en savourer, en sentir un différent, voire plusieurs. L’intersubjectivité répond à cette profusion d’analogies dans un débat centré sur la critique musicale. Explication du système.
  • Hashtags émotionnels : les réseaux sociaux ont imposé un hyper référencement. À l’instar des moteurs de recherche, on créé sa propre information ou on la référence pour soi, en la proposant aux autres connectés. Le flot d’informations à la fois dilue et garde en mémoire presque éternellement accessible une information parfois elle-même référence d’une autre référence. Vient rapidement le règne de la méta information, c’est à dire de la connotation et non du signifié, avec le risque évident du remplacement total de l’un par l’autre, et de l’oubli de la racine émotionnelle de l’idée par le récepteur : il suffit de penser à nos attentes affectives, à l’impact du phénomène de trolling, à nos addictions et à nos propres tensions de reconnaissance qui s’affolent où se perdent face à l’écran. Adoptant le postulat qu’une élaboration conceptuelle prend racine dans l’émotion et que savoir écouter crée un espace actif en nous, je propose une direction émotionnelle et affective au langage, qui a pour but de laisser la parole libre, de favoriser l’écoute et d’essayer de couper l’impact de ces pulsions. Explication.
  • La roue des émotions : un des problèmes du référencement des musiques ou d’autres formes de pensées est ce qu’induit ce propre référencement. Toute classification s’appuie sur un cadre donné qui oriente forcément le choix. C’est une technique de vente après avoir été un réflexe scientifique. Ce cadre extrinsèque à l’objet classé vient imposer un point de vue qui en détruit d’autres. Comme l’appellation de musique classique alors qu’on parle de Wagner ou Monteverdi, le référencement est souvent faux par nature. Mais la profusion d’informations et les réflexes de rapidité dus à cette profusion font qu’aujourd’hui on ne se consacre qu’à ce que l’on connaît et non à considérer l’affinage des formes, des compréhensions, des considérations, des goûts. L’algorithme prédétermine, une simple recherche sur youtube ou google en atteste, les choix majoritaires de nos habitudes qui se confondent avec celles des autres internautes, et les datas prédictives accentuent ce phénomène de dépossession de notre faculté à faire des liens. La roue des émotions part de ce principe de comportement pour revenir à un lien intérieur, elle est liée à une démarche de type questionnaire proustien et se veut une exploration de sa propre analyse sonore. Explication

Outils concrets, infrastructures :

Dans une seconde partie, ces outils pouvant se manifester concrètement et ayant besoin d’un support avant de devenir un réflexe, contrairement aux outils précédents, il conviendra d’accepter un double temps d’adaptation à la forme et au fond des créations suivantes :

  • L’alphabet d’engendrement symbolique : notre rapport à l’image est permanent, total. L’image qui déclenche, l’icône, est multiple. Elle ne renvoie à l’instar d’un monde de Lewis Carroll ou surgit d’un palais des glaces inquiétant, qu’à d’autres symboles qui se perdent dans des structures géantes qui ne nourrissent qu’elles-mêmes : qui ne surfe pas pendant des heures de pages en pages, de dialogues en dialogues, sans en avoir retiré qu’une brumeuse impression de résistance à la mémorisation ? Tout alphabet n’existe que parce qu’il est partagé, c’est donc un travail sur le long terme. Le procédé sémiotique est aujourd’hui quasi instantané : c’est à dire que pour passer de la tête de vache à la lettre A des milliers d’années ont été nécessaires. Aujourd’hui, l’interaction entre l’observation et la transformation en symbole ne prend que quelques secondes. Autant dire que le temps de réflexion est inexistant. Profitant de ce temps aboli, je propose un retour vers la pratique avec une compréhension immédiate et une pratique lente, cet alphabet engendrant par apposition ou juxtaposition des symboles métaphoriques, construits sur une figure destinée à les transposer en 3 dimensions et en gestes ou mouvements. Explication
  • Les logos et Retour à l’écrit : dans la même logique, les logos peuvent exprimer des concepts autant que des pratiques. Ils peuvent comme les logos de produits, les sketchnotes, ou des imageries mnémotechniques à l’instar de la main guidonienne ou l’homme de Vitruve, par leurs formes remémorer le fond de la transmission. À l’inverse, l’image propose une compréhension immédiate comme les structures ou les partitions géométriques, il n’y a plus de recul mais le temps long est déplacé sur l’aspect de pratique, l’intégration se faisant en activité, démarche que nous pouvons retrouver dans un enseignement solfégique par ailleurs. Explication
  • Le sphérier : penser la perfection du rendu n’existe pas en tant qu’usager mais en tant qu’ingénieur. Paradoxalement, cette perfection n’existe que ponctuellement et contextuellement, on peut donc dire qu’un travail parfait n’existe qu’à un moment. Hors le procédé symbolique est tellement chargé d’une puissance de mémorisation qu’il contredit peut-être la nature même du travail scolaire. Il se trouve aussi que les connexions entre les champs de compétences sont clairs (et ce depuis particulièrement 2008 en éducation musicale) : mieux on écoute mieux on pratique, mieux on apprend mieux on comprend ce qu’on écoute, plus on écoute plus on aime et on aime découvrir etc. La multitude des approches de compréhension de Gardner me semble pertinente mais dangereuse appliquée à une considération de l’individu ainsi que prototypique. Par contre, déplacée sur l’interface de compréhension, elle peut relever d’une pertinence dans un choix de diversité pour l’élève. Dès lors le sphérier prend une place dans l’autoévaluation de l’élève : il ne cerne non pas prioritairement la perfection du travail mais le moyen par lequel on y arrive. Tous les élèves accomplissent le travail mais l’autonomie recherchée diffère selon les choix de l’élève. Le rôle de l’enseignant étant donc de proposer le plus possible d’outils pour arriver à la compréhension en visant explicitement l’autonomie la plus totale, c’est à dire la démarche de créativité. Par exemple, pour obtenir une image d’une Porsche ou d’une Mazzerati, je peux : attendre que le prof la propose (attendre que les autres le fassent à ma place), la chercher sur internet (trouver la bonne source), la prendre en photo (me déplacer moi-même), la dessiner sur un logiciel (la concevoir), la dessiner avec un crayon (décider du support en m’appropriant une technique) ou en inventer une moi-même dans le style (devenir Designer). Je peux être performant ou en cours de performance quelques niveaux que ce soit, tout en essayant plusieurs formes d’outils pour y arriver. Ce système a été testé sur 3 ans avec des comparatifs classes avec sphérier et cours adapté, classes avec cours adapté et classes sans. Mes observations vont-pur l’instant dans le sens d’une plus grande créativité de la part des élèves. Le spherier est aussi un plan de travail en soi. Explication
    Séquences, environnements

Enfin, ces systèmes nécessitent des séquences, comme la complexité d’un environnement informatique, un espace clos de simulation ou un operating system qui garantissent exactement comme peuvent le faire des structures de cours traditionnelles, des espaces contenants pour l’élève. Ces séquences sont ludifées ou non, elles présentent aussi cette alliance entre fond et forme.

Des activités en ludification autres seront proposées aussi au Clicx, le congrès de la classe inversée, pendant Ludovia.

Lien vers le Clicx

 

  • Le resto des punchlines
  • L’audiobiographie
  • Carmen/ Almas de Barcelona
  • Poésie je slame ton nom
  • Un océan d’étoiles

Ouvertures, fenêtres

La classe inversée me paraît être pour l’instant une forme de transmission adaptée à ma démarche. Je la pense en renversement impermanent, elle peut sembler efficace sur certains points par la facilité qu’elle a de favoriser les projets et peut aussi s’allier avec une forme plus explicite d’enseignement. En éducation musicale, nous alternons souvent pratique collective et individuelle, l’une se nourrissant de l’autre. Le procédé d’ilots renvoyant à la différenciation qu’on peut attendre d’un groupe de rock ou d’un quatuor à cordes, le chant choral, la relaxation ou les ensembles instrumentaux renvoyant eux vers le jeu ensemble.
Il me semble cohérent d’envisager notre programme disciplinaire en relation avec les comportements actuels issus du monde numérique. Espérant réduire l’usage du numérique à sa stricte utilité, j’envisage ces infrastructures non en environnement mais en objets complexes, afin de replacer l’humain au cœur de l’activité. À l’image de certaines villes africaines qui ont créé un internet sans web ( par les réseaux téléphoniques, la rencontre humaine et une source d’information numérisée ), à l’image du travail de Carole Lipsyc sur le récit des trois espaces, il s’agira dans un futur proche de sortir, dans une forclosion annoncée, du monde numérique tout en ayant acquis une réflexion sur notre façon de nous y animer.

On peut envisager peut-être, en évitant un futur à la George Miller ou à la K. Dick, un rôle du vivant plus affiné, une écologie bionumérique, une ingénierie de l’usage ou imaginer poursuivre le rêve de l’énergie verte en espérant sa renouvelabilité totale et perpétuer avec les évolutions technologiques, le rêve et la prudence de Jules Verne.

Des roses stridents

Définir un terme semble être un acte double, agissant en une fusion entre signifiant et signifié. Le terme agit en tant que mot dénoté et son étymologie ou sa connotation obéissent aussi à cette dualité. Il est amusant d’observer à un niveau plus large encore, que pour définir un son on se sert aussi de cette dualité, souvent observée avec un prisme synesthésique. En somme, pour définir un terme, on en emploie un autre.

http://www.framboiseetaubepine.com/blog-life-style/je-suis-synesthete

Voilà quelques termes en musique qui obéissent à cette adjonction de dualités, leurs synonymes et la premiere fois dans l’histoire où ils apparaissent tels quels , comme un voyage vers les sens premiers dans notre langue, sans remonter trop loin :

Une hauteur (type spatial étymologie « altitude » principe mathématique XII° ) de son (auditif)
Un volume (spatial, bâton qui entour un manuscrit XIII°) sonore
Une fréquence (spatial, « assemblée » XII°)
Un son chaud, froid (kinesthésique, proprioceptif XII°)
Un son doux (kinesthésique XII°)
Un son fort (kinesthésique proprioceptif « penible » X°), faible ( kinesthésique proprioceptif « manque de vigueur » XII°)
Un son élevé : (kinesthésique action « porter plus haut » XII°)
Une durée (action XII°)
Un son strident ( XVI° : aigu )
Un son aigu (visuel « pointu » XII°)
Un son grave (visuel, volume « important » XIV°)
Rythme (visuel mesure XI° )
Rythme rapide (avec vitesse XVI°)
Vitesse ( « agilité » XII°)
Agilité ( « léger » XIII°)
Léger (proprioceptif : peu de poids XII)
Lent (kinesthésique : « mou » XII)
Harmonie (« ensemble » XII°)
Accord (pacte XII°)
Pacte ( accord serment XIII °)
Serment (affirmation IX°)
Mélodie ( « chant » XII°)
Chant (mouvement « émission de sons » XII°)
Timbre ( sorte de tambour XII°)
Tambour ( instrument qu’on tape XII°)
Nuance ( « degrés de couleurs » XIV°)

Une mindmap pour en couleur voir ce qui se rapporte aux sens qui observent les phénomènes ( je précise au besoin que cela n’est qu’un essai très imparfait, il n’y a aucune valeur objective, au contraire, aidez-moi de vos remarques si jamais vous en sentez le besoin et si vous lisez cet article ).

Bleu : directement sonore

Vert clair : directement visuel / Vert foncé : observable visuellement

Rouge : action due à un ressenti / Marron : proprioceptif, ressenti / Orange : kinesthésique

Cela pourrait donner lieu à des idées de re-création de termes avec les élèves, où on pourrait redéfinir en comprenant les étymologies, les termes musicaux; cela pourrait ainsi donner une vision d’ensemble de ce qu’est un terme musical et ce qu’il représente aujourd’hui, en conscience qu’il n’a donc pas toujours représenté la même chose.
Il suffit de penser aux indications de jeu de la période baroque française du XVIII° pour en retrouver des analogies évidentes ( chez Philidor ou Rameau on a des indications de type « magique » « tempetueusement » etc)
Dans les champs lexicaux qui manquent parfois à nos élèves ou à nous-mêmes, cette direction de travail peut venir renforcer ou créer de nouvelles façons de jouer bien plus appropriées.
Avec les figures de rhétoriques en français et un travail autour de la poésie, on peut aussi s’amuser à décrire des musiques de mondes étranges, créer des émotions nouvelles par leurs descriptions inédites en les associants à des phénomènes sonores.

On pourrait envisager des rythmes graves, des mélodies timbrées (la klangfarbenmelodie peut prendre un sens très direct par exemple), des lenteurs hautes, des harmonies agiles (et ainsi accéder aux musiques de la Renaissance de Janequin Palestrina ou Dowland très directement aussi).
Pourquoi pas revisiter des mélodies sombres, des harmonies bleues, des mélodies lumineuses ou des harmonies rouges ( et déjà les connotations sont si nombreuses et évidentes que je n’ai pas besoin de les marquer), des timbres assermentés, des tambours rugueux, des lenteurs monotones, des chants azurés, des chaleurs soyeuses, des nuances épaisses ou des roses stridents.

J’avais fait une activité synesthesique décrite au tout début de ce site où l’élève devait dessiner sur un poème symphonique et je travaille en ce moment sur le corps et le sonore, ce procédé peut s’étendre à toute une palette d’activités en ce sens.

La liste est évidemment non exhaustive et de nombreuses autres activités peuvent en découler.

Kadaboum

Cette idée vient directement de mes élèves, d’une sixième que j’ai le vendredi après-midi, ils ont nommé eux-mêmes l’activité.

Je ressors de ce cours souvent épuisé tant la diversité des profils de la classe est importante. Aujourd’hui ils m’ont fait une blague : ils m’ont demandé si on disait je « mourus » ou je « mourrai » au passé simple. Ne comprenant pas, ils m’ont dit de dire « mourrez ». Et là, ils se sont tous affalés d’un coup !

https://vimeo.com/104339262

Je remplacerai cette photo de gestes communs d’un groupe pour illustrer le kadaboum, par ceux de la classe la semaine prochaine

 

En une fraction de seconde, je me suis senti détenteur d’un pouvoir étrange, très intense et sain, puisque je n’étais que le déclencheur d’un mouvement prévu par eux. Comme une commande consentie. Ils avaient préparé un acte artistique, une chorégraphie collective dont le spectateur est le héros, car il n’a que le code décidé par le groupe qui lui est le véritable créateur.
J’ai adoré cette sensation, cette idée. Aussitôt, j’ai divisé la classe en ilots afin qu’ils puissent créer d’autres actions de ce type. On a eu droit à du « vomi » ( le charme de l’authenticité … ), s’échapper du cours (ils sont revenus) , des Oyuken (boules de feu imaginaires), des phrases japonaises (très rapides) issues de manga , des gestes variés (souvent des dab) .
Une élève avant de passer avec son groupe me demande de lui répondre «  ben oui comme d’hab » lors de la présentation. Avec son groupe prêt, immobiles ou en faisant semblant de faire autre chose, elle se retourne vers moi et me demande « ça va aujourd’hui, M’sieur ? » …
Après ma reponse , leur groupe fait… un dab …
Heureux de leur créativité inspirante, je leur dis que l’an prochain on fera une activité avec leur idée, ce qui ne manque pas de provoquer leur enthousiasme…

Du coup cette idée peut devenir :

  • Une performance littéraire : chaque phrase entraîne un mouvement, il suffit de cacher la consigne dans un texte. D’après les mouvements, on peut aussi retrouver le texte correspondant après.
  • Une performance musicale : comme un soundpainting inversé dont les compositeurs sont les performeurs et non le chef d’orchestre, plusieurs gestes entraînent des sons, des rythmes des élèves.
  • Une performance double en co création inter groupes entre musique et littérature
  • Une performance chorégraphique, de façon évidente
  • Un moyen de peindre les mouvements et ainsi de se rendre compte des structures des morceaux, comme avec des légos ou une partition graphique à colorier
  • Un apprentissage des gestes de direction d’ensemble
  • Un morceau muet, comme un art de la fugue gestuel, les eleves imitant des instruments
  • Un ajout à la pédagogie Dalcroze, cumulé avec une écoute, où les élèves peu à peu obéissent à des codes sonores pour s’approcher d’une compréhension des paramètres du son (vitesse, durée,hauteur etc)

Merci à mes élèves pour cet outil étonnant d’intensité

Le Pouvoir

Une idée d’activité où la forme fait sens dans une pédagogie de projet autour de la relation entre musique et pouvoir, que je tenterai l’an prochain en 3°.

Pour poursuivre la recherche que la forme fait le fond, afin de permettre une émergence d’action qui peut éclairer une façon d’envisager autrement la relation à l’objet d’art, cette démarche à long terme a pour ambition de créer un instrument polymorphe qui peut ou pas être teinté de numérique mais dont l’utilisation simple traduit une démarche complexe.

Démarche :

La relation entre musique et pouvoir, plus largement entre art et pouvoir, traduit pour moi une visée utilitariste. L’art a pour fonction de transfert entre la personne qui le désigne ou le commande et sa caractéristique morale ou esthétique. C’est ce qui se dégage des commandes des rois dans une recherche de somptuosité traduisant des caractéristiques prétendues des commanditaires, ou de laideur et d’avilissement en ce qui concerne les propagandes ( on pensera à l’art dégénéré bien sur).

Alors, apprendre à considérer l’art « en soi » peut apparaître comme un chemin salutaire. Pour parvenir à s’extraire d’une considération, je vais m’appuyer sur une dualité : l’art considéré comme dégénéré et d’un autre côté un de ses contraires, l’art comme inspirant ( sous entendu qui engendre , qui génère ).

Pour cela, les élèves créeront leurs interprétations doubles des œuvres d’arts que nous allons étudier. Si c’est une musique, alors une parodie, pastiche ou déformation de toute sorte (structure/paramètres/instruments etc) avec d’un côté une déformation de l’œuvre la sublimant ( art autorisé , « anobli » ) de l’autre une déformation avilissant ( art dégénéré ). Si c’est une oeuvre plastique, la même direction avec une image.

https://fr.pinterest.com/pin/324611085614246574/

Les images seront remplacées par nos réalisations une fois que le projet sera réalisé, comme à chaque fois dans ce type d’article.

Nous collerons sur les deux côtés opposés de boites de récupération ( de type boites à chaussures) des QR codes pour les sons , théâtres ou les danses et des images pour les œuvres plastiques et littéraires.

Chaque boite sera une partie insérée d’un mur. Il y aura une alternance entre une face positive et une face négative côte à côte, alternance qui sera donc exactement opposée de l’autre côté du mur. Chaque élève qui se trouvera de chaque côté du mur pourra donc observer l’inverse interprétation de ce que l’autre côté propose.

Chaque boite sera reliée par un fil à la base du mur. Pour symboliser la relation de pouvoir : le silence et l’immobilité nous laissent libres de nous-mêmes, ainsi le rapport à l’autre est lui aussi libre. Si nous prenons la boite avec nous, si nous parlons, si nous bougeons, alors pensant dominer autrui, nous nous faisons posséder par l’autre. Nous entrons dans une ré-action, qui nous emprisonne par nature puisque nous sommes plus en contact avec nous mais dépendants de l’autre et de son jugement par extension. Laisser la boite en évidence attachée à son socle permet de prendre conscience que chaque fois, positivement ou négativement, la nature des choses ne nous appartient pas mais s’appartienne à elle-même. Une oeuvre d’art, un être humain par extension et ses idées, ne nous enrichissent pas par eux mêmes mais par l’impact que nous laissons absorber en nous.

Sur ce mur, il y a des boomwhakers, des bâtons qui font un son particulier quand on tape dessus. Nous développerons un morceau à performer en chant/instrument qui nécessitera l’utilisation de ces tubes. Ainsi, métaphoriquement, pour considérer la dualité , pour échapper au paradoxe bien/mal, autorisé/interdit etc, nous devons nous extraire et l’utiliser. L’usage de l’objet connecté phonotonic peut aussi remplir de belles conditions d’accompagnement, en particulier parce que la balle peut s’échapper de chaque côté et remplir une fonction rythmique d’un côté et mélodique de l’autre (dans le cas de deux phonotonic).

Chaque groupe d’élève de chaque côté du mur aura donc une partie musicale indépendante, les deux phonotonic peuvent remplir une part d’aléatoire fort appréciable dans tout ce déterminisme. Ils utiliseront le mur comme support mélodique et rythmique simple.

Ce travail peut se faire avec des textes, des paroles, ainsi nous pourrons travailler ce projet avec mon amie V. Pergola en français.

Anamorphose sonore

Dans un second grand temps, on pourra jouer un parcours sonore sur les boomwhakers car chaque tuyau aura une oeuvre en correspondance ou un groupe d’œuvres. Ce parcours pourra être augmenté d’autres sons accolés aux boites, les QR codes pouvant aussi servir de déclenchement sonore. Un matériel mobile et numérique pourra aussi transformer les sons, par exemple un QR code déclenchant un son sur une tablette, lui-même transformé par un smartfaust en sampleur ( ou une autre tablette sur GarageBand ), relié à une enceinte bluetooth, ou encore plus simplement, des consignes de type partition graphique créées par les élèves, à chanter au moment où on choisit d’utiliser une boite.

Ce parcours sonore peut obéir à plusieurs « recettes » ou ordres selon le point de vue de parcours des boites : si on prend un ordre chronologique des œuvres présentées, on aura un parcours ; si on prend un ordre géographique, thématique , d’autres parcours.

Puis le parcours sera retransmis sous forme écrite afin d’être enregistré sur plusieurs supports physiques ( 6 ipad par exemple). Les 6 ipad seront disposés dans une salle ou, et j’aimerais beaucoup, dans une structure plus grande comme le collège ou une partie du collège, de façon à ce qu’il n’y ait qu’un seul endroit où on puisse écouter tous les sons de ce parcours, soit simultanément, soit et c’est ce que je préfèrerais, dans une continuité.

La métaphore de l’installation et donc du mouvement sera que pour comprendre et écouter, l’immobilité est nécessaire. Pour que l’œuvre ne soit pas en relation de pouvoir, il est nécessaire d’être immobile, dans un lieu qui lui est consacré. Ainsi, l’œuvre échappe à la considération de pouvoir, on peut en comprendre les enjeux rien qu’en se plaçant à un endroit. C’est un moment de réflexion plus intellectuel pour l’élève car il est nécessaire de comprendre l’espace et sa géométrie, j’aimerais beaucoup travailler avec les maths pour cette partie.

https://www.mathcurve.com/courbes2d/anamorphose/anamorphose.shtml
http://rosieslade.blogspot.fr

Ce chemin artistique je l’espère, peut conduire les élèves à apprécier l’importance des enjeux de pouvoir dans l’œuvre d’art, quelques soient les intentions de ce pouvoir, en se dégageant d’un rapport moral simpliste et en entrant dans une autonomie de pensée et de recevoir l’art pour lui-même.