Les ilots permutés

Le système des ilots par rôles (ou ilots ludifiés) est maintenant devenu une habitude pour les élèves. Avec le recul nécessaire à son utilisation, je lui trouve des forces et des faiblesses :

Forces :

  • il encourage les élèves dans l’autonomie
  • il permet à chacun de participer à l’élaboration d’un travail complet dans le cours
  • il permet de sélectionner soi-même ses propres qualités de travail
  • il donne de l’importance dans l’action, importance répercutée dans l’approche du travail par l’élève et dans son utilité dans l’école
  • il permet par l’interface du rôle, une distanciation positive vis à vis des émotions des élèves
  • il implique la collaboration, l’entraide
  • il réduit au groupe de travail l’influence positive ou négative des élèves auxquels d’autres s’identifient
  • il favorise le sentiment de réussite par la performance des responsabilités, qui crée à son tour le plaisir de travail
  • il n’isole pas les rôles contrairement aux apparences puisqu’en situation les élèves concourent en général tous au travail

Faiblesses :

  • il ne permet pas la prise de position autonome absolument, il y a toujours des ilots dans lesquels se retrouvent des élèves réfractaires à l’activité et qui peuvent entrainer les autres dans un côté improductif.
  • tout l’aspect d’un travail, si le rendu est collectif, n’est pas toujours vécu ni développé par chacun. L’intérêt de l’individualisation trouve sa limite dans la répartition des tâches.
  • les élèves qui comprennent le sens de l’énoncé se retrouvent parfois inhibés au sein du groupe avant mon arrivée et le groupe stagne, même si j’ai refait l’énoncé de façon beaucoup plus claire (je refais les énoncés souvent ou je les énonce parfois plusieurs fois quand, après retour des élèves, je ne les estime pas suffisamment clairs).
  • il ne permet pas l’émergence d’une volonté d’apprendre pour certains élèves. Je pense et constate que le système est efficace, mais il y a toujours une frange d’élèves (pas toujours les mêmes d’ailleurs) qui ne s’implique que trop peu par inaction et du coup peuvent répandre au groupe par l’expression passive d’une opposition dont il ne m’appartient pas souvent d’en déceler la cause, une lenteur de travail pour le groupe.

En essayant de garder les forces du système et d’en amoindrir les faiblesses, voilà ceux que j’essaye en ce moment , chaque rôle est pensé pour être dédoublé (il peut y avoir 2 mêmes rôles dans des groupes de 5 ou plus),  l’inclusion du numérique n’est absolument pas obligatoire, pouvant être facilement détournée ( le gardien du temps se transformant en « crieur » par exemple), chaque rôle pouvant enfin se transformer en s’adaptant à l’activité comme dans les îlots ludifiés tels que je les ai conçus :

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Le Reporter est une adaptation de l’ambassadeur qui implique que l’autoévaluation ( de façon surtout quantitative, mais aussi qualitative et structurelle) est pensée par le groupe avant la formulation du travail lors des étapes. Ce rôle peut toujours se conjuguer avec d’autres et s’adapter aux circonstances de l’activité.

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Le Manager est une adaptation du Gardien du temps et de l’Ambassadeur (voir plus loin) qui inclut tous les rôles possibles et la gestion des rôles de chacun. Il a aussi le devoir important de pouvoir décider si un rôle est utile ou non au travail du groupe et de le répartir à nouveau. L’élève qui incarne ce rôle doit s’attendre à tirer parti de sa polyvalence. Il favorise aussi l’autoévaluation structurelle.

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Le Chercheur est une refonte du Scribe et du Journaliste avec la dimension de l’organisation et de l’évaluation qualitative. Il implique les notions d’écritures numériques ou non-numériques. Il peut aussi très facilement se décliner.

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C’est une déclinaison du Gardien du Temps, de l’Espion et du Journaliste. Par sa gestion du temps il permet la fin du travail. Par ses déplacement il permet au groupe d’accéder à un « temps lisse » de travail nécessaire lui aussi à la réflexion. Il a une responsabilité organisationnelle afin de gérer le « hors-temps » mais plus concrète que le Chercheur. Il doit écrire sur un support à la disposition de tous les recueils des informations qui m’ont été demandées en permettant un « temps figé ».

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C’est un nouveau rôle qui peut s’inclure ou non, c’est un rôle particulier, non pensé et nécessairement non défini. C’est le regard extérieur, absent ou présent. C’est le vide qui crée le plein, la cellule qui se réorganise pendant que les autres reprennent le flambeau, celui qui permet par son absence que d’autres soient présents , qui indique aussi aux présents qu’ils seront absents peut-être une autre fois. C’est l’élément qui peut faire émerger l’inattendu aussi et relancer l’induction dans une autre direction.

Ces rôles impliquent donc une nouvelle organisation en réponse à leur création. J’ai envie de nommer cette organisation les « ilots permutés » :

A chaque bilan, le groupe peut changer son organisation et par l’intermédiaire du manager refondre l’organisation de chacun. En créant le rôle de l’espion qui bougeait dans la classe, je me suis rendu vite compte que beaucoup d’élèves incapables de se concentrer physiquement devenaient soudain acteurs du savoir et du travail. Avec celui du journaliste, que des élèves qui avaient besoin juste de ma présence rassurante ou canalisante pouvaient confirmer leur pensée et repartir au travail avec une nouvelle dynamique. Avec la création d’un rôle polyvalent et d’un rôle vide, j’espère arriver à entrainer encore d’autres élèves à considérer leur place au sein du groupe et à pouvoir en changer positivement, constructivement de façon à faire émerger en eux comme l’intitule Xu Yi (une compositrice dont j’aime beaucoup les oeuvres) « le plein du vide ».

 

2 réflexions au sujet de « Les ilots permutés »

  1. A nouveau une réflexion conduite avec beaucoup de finesse, dans une démarche très pertinente et connectée à la réalité des classes.

    Je souhaitais savoir comment sont gérés les élèves « indépendants », les « freelance » id est des élèves qui ayant besoin de travailler seuls, ont besoin de sortir du groupe ou de ne pas y entrer et de s’acquitter seuls de l’ensemble de la tâche demandée.

    Merci pour cet article (je pars découvrir de ce pas Xu Yi:)

    1. Merci infiniment pour ce retour élogieux. J’ai testé de les faire travailler seuls d’abord, mais les contraintes matérielles et temporelles sont trop importantes. Par contre, ceux qui sont dans une démarche individuelle et autonome sont incités à faire un double travail : ils ont leur projet propre qu’ils réalisent et le projet du groupe. Le groupe alors les aide à accomplir leur démarche, ils doivent se mettre d’accord bien sûr et pour l’instant, je n’ai pas vu de refus, même si l’enthousiasme varie néanmoins en fonction de l’élève « free-lance ». J’espere que le role du manager , une sorte de tuteur pair qui crée en même temps qu’il apprend va pouvoir fluidifier ce point. Je me laisse quelques temps pour en faire des retours. Merci infiniment d’avoir soulevé ce point !

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