Neurosciences : paramètres du son

Après quelques lectures et un intérêt personnel pour les neurosciences et la neuropsychologie , j’ai décidé de décomposer 30mn de cours sous l’angle de ce que j’ai pu retenir. Les principes sont simples, tombent presque sous le bon sens et je n’ai nul doute qu’ils soient appliqués depuis toujours par beaucoup. Les voilà :

1 des activités courtes 30s/2mn maximum pour favoriser l’attention optimale mais nombreuses et chargée de sens afin de donner beaucoup, de reposer l’esprit et de créer des liens.

2 des temps d’images mentales, de représentation personnelle sans exemple proposé par le même sens (canal sensoriel : vue, ouïe etc.).

3 toujours sourire afin d’inclure tacitement chacun dans le groupe. Un sourire de politesse, pas de séduction ni de maîtrise encore moins de cynisme, pas gêné. Un sourire complice.

4 des activités ancrées dans l’expérience réelle afin de proposer une « petite réalité » , accentuer le sens et la future réutilisation de ce qui est transmis.

5 être clair dans les attentes chaque fois, en précisant ou en faisant des haltes d’appropriation, d’éclaircissement et en liant toutes les micro activités dans une problématique unifiée.

6 ressentir et prendre conscience de l’émotion qui se greffe à une autre émotion, afin de favoriser l’inhibition, c’est à dire de couper et de réorienter les raisonnements erronés et/ou freinants (je suis incapable, nul etc) en y greffant une émotion positive ou une idée autre.

Il m’apparaît que des outils modulaires seraient à créer/adapter afin d’enchaîner rapidement les activités proposées selon les principes que j’ai essayé d’appliquer. Pour l’instant la tablette répondrait à ces attentes mais l’internet des objets encore bien davantage. Je pense à des badges (réels) qui enverraient une information simple et seraient capable de transporter des documents, entre des mini smartphones indépendants , des Beacons et des smartwatch. Mais pour l’instant, l’homme doit s’adapter à la situation en proposant une application en conséquence et l’ordinateur n’est pas capable de déterminer contextuellement une utilisation ( mais je pense que ce genre d’utilisation est en germe).

Différents chemins pédagogiques déjà expérimentés en cours s’ajoutent à cet enchaînement d’activités très courtes. Une ludification (je pense à un thème autour de 20 000 lieues sous les mers) pourrait tout à fait y avoir sa place mais avant d’étendre le concept, je préfère le détailler. Les activités alternent classe/îlots.

1 RELAXATION DÉBAT EMOTIONS INHIBITION

Groupe classe

« nous allons imaginer ce qu’est une onde » / passer musique zen vagues/  » détendez vous, prenez une forte inspiration.
vous êtes allé dans l’eau cet été ? vous avez vu des vagues ou des ondulations sur l’eau ?
A votre avis comment c’est fait ? Comment vous sentez-vous ? On est bien dans l’eau ? »
(règles de la classe coopérative du bâton de parole, gardien du temps, passeur de parole, gardien du respect)

2 MENTALISATION DÉBAT
« pendant quelques secondes, on va se les remémorer, s’imaginer ces ondulations.
Imaginez que vous nagez tranquillement, les ondes sont comment ? Elle durent combien de temps ? Leur force, leur intensité est comment ?
Quand vous vous jetez à l’eau ou que vous faites une bataille, les ondes sont comment ?
Leur intensité varie, leur fréquence est irrégulière / régulière / rapide / lente / longue/ courte

3 REPRÉSENTATION

Formation des îlots par rôles

on va les dessiner ( app typedrawing).

IMG_4749(Merci à l’auteure-testeuse d’activités de ce formidable dessin à qui je demanderai si elle veut être citée)
Vous avez vu les vagues qui se répètent ? Elles reviennent combien de fois, à quelle fréquence ?

4 CAPTATION KINESTHÉSIQUE
« On va les enregistrer, chacun prend son portable et avec le Dictaphone ou la video vous enregistrez 3 ou 4 secondes de son « mouillé ». Vous pouvez aller en groupe où vous voulez mais vous devez être de retour dans 5mn » (Est il utile de préciser qu’une information sur la perméabilité du matériel doit être donnée si on utilise pas le BYOD ? … )

5 OBSERVATION VISUELLE – SÉLECTION – AUTO ÉVALUATION
« Choisissez entre vous la/les captations audio exploitables »
Si pas de dessin de fréquence ( formant ) sur app eleve alors re enregistrement par moi.

Observation « Vous avez 2mn pour décrire les ondes enregistrées avant que chaque ambassadeur témoigne de vos observations ».

6 CREATION JOIE INHIBITION

Ilots puis groupe classe

« Dans l’air, c’est pareil, enregistrons un son d’abord en groupe puis ensemble. Un son que vous ferez, n’importe lequel, un son bizarre ou drôle ou normal ou beau. Vous pensez à quoi ? Je ferai le cri de la vache meuuuuh (ou son rigolo). »

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7 OBSERVATION INDUCTION

Groupe classe

« Qu’observe t on ? Vous pouvez parler en même temps que les autres »
Le son se propage dans l’air et dans l’eau. Il va même plus vite dans l’eau que dans l’air.
8 DÉDUCTION RÉALISTE REMISE EN QUESTION
« Imaginez maintenant un avion, passant, regardez ces nuages, etc Est ce qu’on les entend ? OUI/NON : Pourquoi ?
C’est parce que le son ne peut pas se déplacer trop vite, il s’éparpille , comme quand on étale plein de billes sur le sol et il perd en puissance, en intensité. Il va à 340m/seconde, c’est quand même pas mal. Imaginez vous aller à 340m/s vous seriez où dans 3 secondes ? Si j’habite à 3km400, je vais mettre combien de temps pour y aller ? » (Ne pas hésiter à donner la solution).

planmodifie

9 JEU – MISE EN SITUATION REALISTE
jeu du secret : vous devez faire partager un secret que je vais vous dire chacun son tour un par un, il faut pas qu’on l’entende mais il faut que ce que j’ai dit me revienne intact. Je donne une phrase :  » Les vagues naviguent du centre vers le bord »

10 EXPLICATION
en compressant le son, vous avez permis qu’il ne s’échappe pas, qu’il se contienne dans votre main. Le son ne traverse pas certaines matières mais il faut que tous ces paramètres, la durée, l’intensité, la hauteur , soient perceptibles par notre oreille.

Cette série d’activités dure entre 15 et 20mn, testée en situation non réelle. Un chant avec percussions corporelles l’accompagne :

11 PRATIQUE FIXATION KINESTHÉSIQUE – MUSICALE – VERBALE

HAKA POWIRI DE BIENVENUE ENTRÉE DE LA NOUVELLE ZELANDE À L’ONU (que j’ai arrangé pour les rencontres chorales départementales de l’Apem24)

Ka ma te Ka ma te X2 (gestes tremblants rapprochés dire doucement presque pas voisé, puis en nuance mf en écartant les bras davantage )
Ka o ra Ka o ra. ( écarter les gestes en augmentant le volume ff )
Rythme djembe x8 (« tktk tk tktk » )
Silence
Rythme djembe x4
A (coude droit frappe)
to ya maï ( coude gauche frappe)
ki te u run ga ( dégagé du coude droite avec pied droit qui appuie)
Ki te mo en ga (dégagé du coude gauche frappe du pied gauche)
Ki te ta ko to run gaï ( frappe croisée bras droit sur bras gauche)
Ta ko to aï ( inverse on termine bras croisés)

TE WA KA! (frappe des genoux)
Haï! (frappe des mains poings sur main)
TE WA KA! (idem)
Haï!

le padlet de référence est

 

Termes techniques pré activés et activés au moins 3 fois chacun dans la séance : onde, fréquence , intensité, oscillation, durée, timbre, hauteur,
Termes adjacents : décibels , pascals, vibrations, ondes lumineuses, photon, nécessité du milieu pour la conduction du son, compression, règles générales de la propagation d’un son dans l’espace, approches de l’effet Doppler, des infra/ultra sons et du mur du son ( non nommés ), conscience de la réfraction et de la propagation du son en milieux divers
Outil de création : le HAKA propose les notions abordées , pouvant être utilisées en création percussions corporelles indépendantes .
Jeu , ouverture possible : défi continuer crea chorégraphique « à toi » en faisant un geste sonore en battle avec l’élève désigné après.

Poésie, je slame ton nom

Séquence français-éducation musicale , de la même façon que l’audiobiographie : ce cours mixte est né d’une habitude de travail maintenant établie entre ma collegue/amie V. Pergola et moi. Comme précédemment, notre volonté est de travailler ensemble car nous partageons une même attitude d’enseignement et des méthodes très similaires. Mais, renforcés par notre premier travail, par l’impact auprès des élèves non pas dans une priorité de plaisir (même s’il faut avouer qu’il a été très présent ) mais dans le fait qu’ils ont tous travaillé ( à des degrés d’implication certes différents , il n’empêche que c’est un fait , ils ont tous travaillé, sur deux classes de troisièmes, et nous associons cette réussite au plaisir de travail aussi ), nous avons décidé de continuer l’aventure.

Ce petit préambule très pragmatique, sans idéologies particulières , hors la volonté de varier les activités en nous servant de plusieurs aspects pédagogiques, en positivant le travail des élèves , en les encourageant et en restant rigoureux au mieux de notre possible, sert d’affichage authentique de notre proposition interdisciplinaire/ transdisciplinaire pour le lecteur éventuel de cet article.

Transdisciplinaire parce que ma collegue continue son cours normalement sur son temps devant élèves. Interdisciplinaire car notre emploi du temps permet la co-animation du cours et nous restons deux heures avec les élèves ensemble au lieu d’une séparée. Je vais en décrire les grandes étapes du point de vue de ce temps commun.

La séquence commence par la chanson des « Restos du cœur » , « Liberté : j’écris ton nom » adaptée du poème éponyme de Paul Eluard . L’apprentissage passé ( la chanson est facile, en 20mn les élèves la possèdent ), nous filmons les élèves qui doivent un à un réciter un des vers du poème , qu’ils choisissent . Ils commencent ainsi par s’approprier la structure et surtout l’idée du poème .

Nous étudions le texte sur l’image de la fresque de Fernand Leger ensuite , avec un PowerPoint où chaque élément est classé suivant le modèle de métaphore utilisé par Eluard ( ma collegue en parlerait certainement bien mieux que moi ) , des éléments sur lesquels il écrit le nom « Liberté » :

  • élément concret , exemple : « sur mes cahiers d’écoliers », 
  • élément possible mais difficilement réalisable , ex. « sur les ailes des oiseaux » , 
  • élément impossible , ex. « sur les sueurs de l’orage »

Le programme original comprend tous les éléments du texte mais il est sur le pc de la salle de français et je n’y ai pas accès chez moi lors de la rédaction de cet article … Mais vous pouvez vous imaginer la même chose, on déplace les éléments avec les élèves et on recollorie les cases.

La deuxième séance consiste en un rappel du chant et une écoute de la voix d’Eluard en décrivant son enregistrement et les indices qui nous permettent de confirmer ou déduire l’époque d’enregistrement ( bruit blanc, parasitage sonore, fréquence aiguë de la voix, appel dans la diction à l’espoir et l’engagement etc.) , de le situer en 1942 et ainsi d’amorcer le débat qui suivra.

Puis nous en faisons un montage avec une application multicam « Vidibox ». Le montage est d’abord dans l’ordre du texte, puis nous faisons un autre montage déstructuré où les libertés de chacun se mélangent visuellement et acoustiquement, les phrases sont entendues simultanément ou dans des ordres recomposés.

Nous passons après au débat coopératif avec le thème de la liberté. Très vite, chacun s’exprime sur ses libertés et nous les recensons toutes. Nous avons recueillis toutes sortes de libertés des élèves , cela allait de « je suis libre de porter les vêtements que je veux » à « je suis libre de croire en ce que je veux » etc. Chaque eleve s’exprime , s’il y en a qui ne « savent » pas, d’autres leurs proposent des idées acceptées ou non. Puis, comme à chaque fois où nous chronométrons les activités , nous fixons le texte définitif du recueil de leurs propositions.

Après une écoute d’un worksong, nous nous rendons compte de sa dimension sociale, de son origine, de sa fonction ( toujours par le débat , détail amusant , parmi les exemples de worksong que les élèves connaissaient et qu ils ont pu comparer à celui proposé en cours, la chanson des sept nains du dessin animé de Disney « Blanche-Neige » « hey ho, hey ho » est chaque fois revenue)  et des procédés musicaux utilisés . Pour manifester l’aspect responsorial, nous enjoignons après une relecture parlée mais a tempo du texte de leurs libertés, un élève qui pourrait faire passer ce message à toute la classe.

Nous nous mettons en situation, comme si nous étions des travailleurs esclaves ou prisonniers et nous marchons pour marquer le tempo, alors qu’une eleve improvise une mélodie reprise par le groupe sur chaque phrase de leurs textes. Une forme de musicalité et d’engagement apparaît . C’était un moment très fort du cours, nous étions tous émus et motivés de chanter nos libertés . Ces deux worksongs de classe ont été enregistrés .

Nous écoutons ensuite Grand Corps Malade « Je suis Charlie » et nous en analysons la structure et le figuralisme musical. Nous pouvons dessiner dans le vide en une sorte de solmisation picturale abstraite les hauteurs et nuances, comme une calligraphie invisible dont le mouvement symbolise le son.

Vient un travail par ilots de creation mais vite destiné à devenir individuel. La consigne est de réaliser au début 4 vers d’une strophe sur la liberté puis au moins 10 par élève. Les rappels de rimes , de structure strophique aident la création. 

Les exemples des élèves sont aussi en salle de cours et nous n’avons pas encore terminé tous les calligrammes à l’heure de la rédaction de l’article.

Ils en realisent ensuite des calligrammes en fixant ce que nous avons initiés par notre travail sur le slam précédent . La forme du texte symbolise le fond. L’application utilisée est Typedrawing mais on en a l’équivalent avec Festisite en ligne ( merci beaucoup à la formidable Nathalie Bécoulet ! )

Il nous reste deux séances , nous leur avons demandé ce qu’ils comptaient faire de leurs slams une fois achevés et nous avons décidé ( en les orientant un peu il est vrai…) d’en chanter quelques-uns à des personnes pour qui la liberté avait une raison d’être importante, qui en ont peut-être d’autres définitions et d’autres vécus , pour qui la conscience des libertés est importante chez autrui et en particulier les jeunes générations , des gens qui ont besoin d’entendre des idées de liberté : les résidents de la maison de retraite de notre ville.

Ce sera l’aspect sommatif de notre évaluation , un concert slam, que nous allons essayer d’organiser en café-slam.

Même dessin que le calligramme du dessus mais chaque élément sonore est découpé. Le résultat est une création contemporaine ayant pour support le slam de chaque élève. La liberté de l’œuvre libre , une mise en abîme de la liberté en quelque sorte.

Un autre aspect que nous allons traiter est l’enregistrement de nos slams et leurs déstructuration pour inventer un calligrammophone ( l’idée traînait depuis la carte des transformations et elle s’est finalement transformée en ça : ) , c’est à dire un mixage sonore en creation contemporaine d’une déstructuration du son en forme de calligramme sur le plan du déroulement temporel . Je vais baptiser cet outil l' »audiographe » ( parce que calligrammophone, c’est moins heureux ) en référence au mixage des deux matieres , avec les racines latine et grecque mélangées comme le français et la musique se mélangent. 

Pour l’instant, le constat est le même qu’avec le travail sur l’audiobiographie : tous les élèves travaillent. Est ce que c’est parce que les élèves sont très sympathiques ? Parce que notre habitude de travail avec ma collegue est maintenant confortable ? Parce que notre travail est original par rapport à ce que nous avons pu proposer par le passé, varié dans les supports , façons et types d’activités , accès sur les créations et le projet ? Parce que l’interdisciplinarité et le mélange des pédagogies est propice à l’épanouissement de chacun ? Parce que notre attitude bienveillante et attentive ( on essaie le plus possible en tout cas ) , renforcée par le temps de différenciation que permet l’utilisation d’une pedagogie inversée favorise et encourage la créativité et la sortie de la zone de confort ( ou d’inconfort) traditionnelle de chacun ? Je n’ai pas de réponses toutes faites ni de vérité absolue, mais j’aime à croire qu’il y a un mélange de toutes ces données réunies car ce que je constate est par contre sans ambiguïté.

Les biowords

Dès que j’ai vu l’utilisation (ici) qu’en faisait la formidablement créative Marie Soulié (professeur de français à Orthez) , je me suis vite dépêché de l’imiter pour l’éducation musicale.

J’utilise souvent les wordclouds afin de résumer un texte, une impression d’écoute, de synthétiser des éléments de vocabulaire. Avec cet enrichissement de la photo, que j’utilise d’une autre manière avec mon amie/collègue prof de français V. Pergola en tant que support transfert calligramme / mixage dans une séquence sur le slam / poésie engagée, Ci7utc_WYAAcwkbj’y vois un moyen supplémentaire de retenir des éléments biographiques souvent difficilement digestes et pourtant nécessaires à toute réflexion ou observation chronologique, ou les réutiliser comme j’utilisais les wordcloud avant.

L’appli Ipad utilisée est wordfoto, il faudra guetter patiemment les occasions de gratuité de l’application comme il y en a souvent, sinon on peut sur PC avoir des effets équivalents avec Tagxedo, Wordle, ou Word-Mosaic de Imagechef.

En les faisant moi-même, j’ai constaté un potentiel de réactivation fort. Je suis séduit par l’analogie image-mots et par le nombre délibérément incalculable de notions pourtant indissociables du tout. Ces deux stimuli simultanés et tout à fait associés vont dans le sens d’une perception globale de l’objet d’étude, je pense tester avec les élèves en tant que créateurs bientôt. Je crois qu’il y aurait matière à repenser les frises chronologiques ou thématiques de cette manière mais c’est encore flou dans mon esprit, je pense à des vidéos de parcours de mots/dates/évènements, des BD de mots ou des trajets de mots/notions. Pour l’heure, voilà quelques essais personnels :

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L’empire des sons

 Après quelques semaines de test, voilà un descriptif d’activité. Prévue pour une demi-heure par cours, elle s’est parfois étendue un peu davantage car certaines classes ont bien aimé.

Résumé de l’activité : des clans / ilôts doivent se déplacer sur un terrain large/ gymnase au son d’un general / eleve avec instrument, avec la dimension d’une carte connectée où le départ et l’arrivée des clans est chaque fois spécifiée.

Le choix de l’instrument est laissé libre par l’îlot, de même que le codage , mais une activité préparatoire introduit la mise en situation.
 

une classe en action
 
Préparation : 

Première séance : débat cours en coopératif autour de la communication / transmission ; puis point de réflection orienté par l’acte musical : si action, nécessité de la rapidité dans la transmission, voire synchronicité de la pensée musicale. J’apporte quelques exemples au cas où l’analogie avec les signaux sportifs ( rugby, basket, hand etc.) ne sont pas issus de l’expérience des élèves.

Avec mailloche et djembé , la classe invente un codage simple pour les mouvements : un pas en avant, un pas en arrière , tourner à droite , à gauche . Je fais le son, les élèves prennent de l’espace dans la classe et se déplacent en fonction du signal.

Quelques élèves volontaires prennent ma place.

Deuxième séance : on reprend le codage mais je cède ma place très vite. On passe à la nécessité de la complexité du rythme par des enchaînements de codage : un pas en avant, tourner à droite, un pas en avant etc.

On invente des signaux en fonction des classes qui peuvent accélérer la compréhension ( qui parfois ont correspondu avec ceux que j’avais prévus : « comment ? » « Oui » « Non »  » lent » « rapide » ). J’ai interdit l’invention du signal  » va directement au point d’arrivée  » …

 

exemple de carte eleve
 
Puis par ilôts par affinités , un eleve par groupe dirige 4 ou 5 de ses camarades pour s’asseoir sur leurs chaises à partir d’une position debout dans la salle au hasard. Chaque fois qu’un eleve retrouve sa chaise, il s’arrête , les autres continuant. À chaque obstacle ( pupitre, pied micro, synthé etc) , l’élève s’arrête et se fige jusqu’à retrouver un ordre de mouvement possible. Quelques fous rires ont ponctué les activités !
Mise en situation : 

Au début du cours, les ilots sont formés . Les élèves se répartissent les rôles suivants :

  • Général ( code les mouvements par signal sonore, ne peut parler, est loin de son ilot et statique, vérifient le respect des règles des ninjas )
  • Décrypteur ( décode les signaux et se porte garant du signal émis par le general)
  • Sentinelle ( veille à ce que l’ordre soit possible en fonction du terrain et des obstacles éventuels)
  • Officier des communications ( veille à ce que le groupe soit coordonné et ne s’éparpille pas dans tous les sens. Garant de la rapidité )
  • Ninja ( A le droit deux fois de quitter le clan pour aller voir le général, afin d’aider son clan s’il se trompe complètement . Les autres généraux peuvent surveiller si les ninjas demandent bien une aide et non pas le point d’arrivée).

 

ilots ludifies roles
 
Les ilots choisissent leur instrument ( tout est permis, même la voix et dans ce cas là on ne doit pas prononcer de mots bien sur , des signaux sonores avec hauteurs, volumes , timbres différents etc.) et leurs codages. Cela prend bien 10 mn environ, l’activité est chronométrée.

J’ai la chance de pouvoir bénéficier d’un espace vert de grande taille juste devant ma salle. Je n’ai fait cette activité que quand le soleil le permettait, ce qui est arrivé par chance assez souvent ( mais pas toujours, alors nous sommes parfois passé à d’autres activités du cours qui étaient les enregistrements des différentes acoustiques avec un même son , en fonction des tailles, matériaux et revêtements des salles, car la séquence porte sur la musique et les lieux ).

Dans cet espace, les généraux qui donnent les ordres sont disposés avec les instruments de leurs choix sur une petite terrasse ( afin de ne pas abîmer les instruments ).

Chaque general dispose d’une carte sur l’iPad , d’abord non connectée aux autres puis dans un second temps reliée ( chaque general doit avancer son pion en fonction de son groupe et voit donc les mouvements des autres . Application virtual tabletop 3D , la même que dans l’activité des tambours et des pirates pour 6emes décrite dans un article antérieur ).

  
Les obstacles sont donc sur la carte et le trajet se retrouve complexifié. 

L’intégration d’un signal sonore codifié, la creation d’un alphabet musical, l’interprétation et le jeu d’un signal sonore en fonction de l’espace, la communication sonore et les gestes se relient sans peine à des propriétés de jeu collectif et individuel, d’attention, de simultanéité, de creation contemporaine , de mise en mouvement collective et d’une forme de performance d’un jeu de scène mixte.

L’aspect guerrier n’étant bien sûr qu’un habillage puisqu’il n’y a pas de confrontation , tous les généraux faisant partie de la même armée impériale dans le détour ludifié. Les injonctions à obéir n’ont aucun sens oppressant puisque naturellement c’est par la rapidité et le volume que les généraux manifestent leurs approbations ( ou désapprobations ! ) donc encore là le domaine de l’interprétation musicale.

J’ai , à la préparation , pensé à utiliser les applications Smartfaust mais je préfère les réserver à un autre usage. Elles peuvent faire sens cependant avec un matériel amplifié puissant et mobile.

Il ne nous reste qu’à aller dans le gymnase pour terminer l’activité et profiter du marquage au sol des terrains différents afin de correspondre plus facilement à la carte virtuelle.

Activités autour de la forme d’un son (suite)

La deuxième activité est davantage tournée vers la forme de l’objet.

De préférence en 3 dimensions, l’objet de base est placé au centre de la classe. C’est un cube , un tétraèdre etc., en carton par exemple.

J’amène des plans en cartons prédécoupés faciles à assembler ou on le fait en classe (problème de temps et consignes de sécurité à respecter font que la préparation peut prendre un temps certain… Mais avec l’aspect papier colle et des photocopies, peut-être serait-ce plus facile au départ ? Je n’en sais rien, je vais me lancer je pense quand même dans l’aspect carton/gros objet plus agréable à manipuler presque tout prêt).

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  1. une fois l’objet placé, on divise la classe en îlots (à déterminer encore). Chaque groupe construit ou assemble une forme.
  2. Chaque objet possède une mélodie et des paramètres sonores en fonction de sa forme. Pourquoi pas associés comme suit :

 

  • hauteur de l’objet : hauteur sonore
  • profondeur, volume : volume sonore
  • forme : mélodie aléatoire, on peut commencer d’où on veut et aller où on veut à condition d’en faire le tour
  • matière, sensation tactile : bruit, intention, distorsion, bref la forme de fréquence
  • couleur : pourquoi pas le timbre ?
  • largeur : durée d’un son dans la parcours de la forme
  1. on crée et on s’enregistre sur le son de chaque objet
  2. on les place au centre à côté ou au dessus/dessous de la « base » centrale
  3. on obtient un nouvel objet complexe. L’espace qui sépare les deux objets est un silence, s’ils sont collés, il ne deviennent plus qu’un seul objet lié.
  4. chaque groupe/élève et/ou la classe entière recrée une nouvelle mélodie/son
  5. on répète le procédé plusieurs fois
  6. on crée la même démarche pour un objet réel, puis pour un ensemble d’objet réel

On peut donc obtenir le son de la forme d’une batterie, d’une guitare, d’un arrosoir.

Cette activité d’assemblage d’objets peut aussi donner lieu à des calligrammes musicaux où les mots sont la forme de l’objet sonore, on peut lier facilement cette activité avec la peinture sonore et encore plus facilement avec la sculpture sonore. On peut y faire intervenir les instruments acoustiques et numériques très facilement ainsi que la voix (et créer des musiques mixtes aisément ainsi). A lier avec une application de sculpture sur tablette ou avec une vraie sculpture des élèves cela peut-être un travail agréable avec le prof d’arts pla ?

Voilà pourquoi dans l’article précédent je citais Anish Kapoor et Maria Montessori, cette activité me fait penser aux merveilles de ces deux génies.

Il serait amusant peut-être de travailler avec le spectre musical des pièces et l’écholocation aussi afin de redessiner après l’environnement sonore ou d’entendre d’autres sons de formes avec des paramètres plus objectifs, mais le matériel pour cela est assez cher, enfin d’après mes maigres recherches sur le web. C’est quand même une idée qui me tarode. Ainsi que celle de mettre des ebeacons (balises bluetooth) dans les objets afin de mêler à cette activité le lieu autour de l’objet dans les paramètres du son de l’objet, le contextualiser artistiquement. A voir plus tard peut-être, je vais déjà faire ce travail là.

Les buts poursuivis sont exactement les mêmes que dans l’article précédent.

Activités autour de la forme du son

Idées d’activités que je vais mettre en place lors des prochaines séquences en 5° .

Le principe en est le retour à l’objet avec une utilisation inspirée du numérique (elle-même inspirée de l’objet intellectuel). J’ai l’espoir d’y trouver chez les élèves une appropriation matérielle rapide et surtout de leur permettre d’acquérir un nouveau point de vue sur les formes, un code synesthetique afin qu’ils perçoivent leur monde de façon sonore et de façon symbolique, comme on le fait usuellement avec le sens de la vue. Pour faire simple, quand on voit un chien, on a des réflexes cognitifs liés aux émotions (de peur, de joie etc. ) et la perception qui s’en suit en est fortement orientée (on le trouve beau donc il est gentil/impressionnant/affectueux etc.). J’ai l’impression qu’on vit un peu tous les jours comme au moyen-âge où le beau est bon.

Par cette direction d’activité, peut-être pourrions-nous nous extraire de ce standard de réflexe intellectuel en étant créateur de notre propre code associatif et donc conscients de la nécessité de l’approfondissement et de la connaissance des choses/êtres, ce qui libérerait quelques espaces d’apriori souvent stériles dans nos relations au monde.

Pour finir, cela va engendrer une démarche de créativité contemporaine très inspirée d’Aperghis, Reich voire Anish Kapoor pour la seconde activité.

La première idée d’activité est un simple moment abstrait et sonore qui peut rappeler peut-être les directions de Montessori par le jeu autour de l’objet. L’appellation qui me vient en tête est « l’impression sonore ».

  • Il s’agit de faire construire avec du carton de récup ou des feuilles de brouillon usées des cartes d’une taille environ A4. Pour la visibilité dans la salle car elles ont comme destination à un moment d’être sur le sol, la forme carrée me paraît la mieux pour l’instant, donc 21×21.
  • On y place des couleurs ou des symboles simples. Des formes géométriques simples suffisent pour une identification immédiate (rond, triangle, carré, étoile, etc.).
  • Chaque couleur ou/et forme est associée à une impression, à une émotion.
  • On y associe alors par petits groupes (îlots ? nombre indéterminé encore) des gestes afin de provoquer chez l’autre la compréhension immédiate de l’impression de la carte.

exemple geste colere

  • On le teste par groupe afin de maîtriser la rapidité d’association, ce qui laissera quelques bonus pour la partie en groupe classe.
  • On dispose en commun par terre les carrés faces cachées dans la classe de façon linéaire d’abord puis complexe s’il y a maîtrise de l’activité (on peut imaginer des croisements où les élèves peuvent s’exercer avec 2 voire 3 cartes en même temps.)

cartes par terre

  • les élèves face à face jouent par binôme. Leur tour de jeu est immédiatement après l’arbitrage d’un duo (autoarbitrage visé) et après retournement de la carte par un des voisins.
  • Le premier des deux à avoir associé le bon geste/son avec la couleur/forme de la carte a gagné. Le gagnant prend la carte.
  • Une fois la classe passée (un tour de jeu devrait prendre à peine quelques secondes), on refait un tour en changeant de place. Mais c’est le gagnant qui pose la carte. Cet handicap de temps laisse à son nouvel adversaire quelques secondes précieuses pour effectuer le geste/son avant l’ancien gagnant.
  • Soit on s’échange les cartes entre gagnants (je trouve l’idée peu intéressante voire inutile et injuste), soit on redistribue à chaque fois le jeu (je préfère cette idée car elle va quand même contribuer à augmenter les compétences des gagnants tout en pouvant faire naître les compétences des perdants de chaque tour.).
  • Au bout de quelques tours on change d’activité, on revient par groupe. Il y a un « chef d’orchestre d’impressions » qui à chaque fois qu’il montre une carte obtient un « timbre d’impressions » et peut ainsi créer un univers sonore avec les codes de la direction d’orchestre ou/et du soundpainting tout en faisant exercer une multiplicité de gestes sonores simultanés.

chef d'impressions

La deuxième activité fera l’objet d’un article ultérieur.

 

 

Earmap

Earmap

Une autre mindmap un peu plus étendue cette fois, mais dont le but est d’être le plan d’un autre type d’outil que je créerai peut-être plus tard si cet outil s’avérait être insuffisant, ce que je présuppose.

La EarMap est un outil d’aide à l’identification d’instrument en classe inversée d’un point de vue prioritairement sonore. Il est destiné à être utilisé en association avec une musique et l’application gratuite Mindly ( IOS/And ).

Comme tous les autres documents de ce site , il est protégé par licence creative commons. Vous pouvez en voir la version aplanie en .pdf en cliquant ci-dessous :

EarMap

L’acquisition d’une culture instrumentale est le fruit dans une vie , d’une expérience de longue durée. Il faut des années pour affiner l’oreille et lui permettre de distinguer différents timbres, différentes couleurs. Et il faut aussi une connaissance conséquente des cultures, des époques, des techniques afin d’associer ces timbres à des instruments.

Traditionnellement, nous apprenons les sonorités des timbres par l’image. Quand nous en avons la chance ou l’opportunité, par le concert et encore plus rarement par l’apprentissage d’un instrument. Mais quid de l’apprentissage par la sonorité ? Combien de fois ai-je entendu que la contrebasse était un gros violon ? Et qu’il y avait du piano dans un concerto de Vivaldi ou un ballet de Lully ? Les réponses des élèves , sans les en blâmer un seul instant, étaient orientées soit par un automatisme de comportement, soit par une appréhension visuelle de l’identification sonore. J’ai donc le sentiment que l’apprentissage de cette compétence est freinée et non amplifiée par cette association, voilà comment est né cet outil.

Il m’apparaît important de préciser qu’utilisé sans contexte particulier, sans insertion dans une démarche globale, cet outil serait parfaitement insignifiant. Mais comme dans ma profession, la problématique de l’identification sonore revient en permanence, et que c’est un outil destiné à une pratique de la classe inversée, peut-être serait-il utile ?

La carte des transformations

Ici, cet outil est une mindmap qui a pour but de transformer une phrase en un élément sonore. C’est un outil de création afin de déclencher un débat sonore.

carte des transformations

Il s’insère dans l’activité autour de l’audiobiographie mais peut être utilisé de façon autonome, en débat sonore à la manière de Stockhausen ou d’Aperghis (j’ai bien écrit « à la manière »).

carte transformation

le lien en .pdf au début de l’article est le document (licence cc) entier en bien plus net bien sur.

Les élèves formulent leurs idées et consultent la mindmap afin de la transformer en sons. Cet outil permet aussi de s’approprier l’élément sonore comme constitutif d’un discours raisonné et de créer sa propre esthétique, très loin des carcans imposés, de façon autonome et personnelle. On crée la musique de ses idées, sa « vraie » musique (c’est en tout cas mon ambition), par de multiples interfaces intellectuelles mobilisant le théâtre, le mîme, l’association d’idées, le français, la danse, et même pourquoi pas d’autres domaines.

C’est aussi un outil très proche des calligrammes mais sous forme sonore. J’ai pensé à appeler cet outil le calligrammophone mais je doute que les élèves goûtent à ce trait d’humour alors j’ai laissé ma première appellation de carte des transformations.

 

La roue des émotions

Une des activités de la séquence sur l’audiobiographie est la confection et  l’utilisation d’un outil destiné à rester en classe de façon affichée qui est une roue des émotions.

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Il existe déjà d’autres roues de ce type mais j’en ai détourné l’utilisation afin que les élèves puissent , en identifiant leurs ressentis, pouvoir le nuancer et le permuter. C’est un apprentissage vers plus de finesse (enfin c’est ce que j’espère) vers une amélioration de la perception fine des émotions, d’améliorer leurs dénominations et ainsi de caractériser les oeuvres d’une façon autre que binaire et surtout déjà associées culturellement par des stéréotypes de « beautés » ou de « laideurs ».

En effet, il se trouve que tout le figuralisme musical, en fonction des styles, correspond à des émotions imposées et créées par une culture. Ceci est parfaitement normal d’ailleurs. Mais l’illusion est dans le manque de discernement des stéréotypes. Tout ce qui est « mineur » en musique ( si des non musiciens lisent l’article, on ne sait jamais, le mode « mineur » est un mode resserré que l’on apprend souvent dans les petites classes de solfège en l’associant à la tristesse, au contraire du mode « majeur ») n’est donc pas forcément triste, tout ce qui est majeur pas forcément gai (il suffit d’écouter du simple et magnifique blues pour en être convaincu pourtant).

Tout ce qui est aigu n’est pas forcément criard ou féminin et tout ce qui est grave n’est pas forcément associé à la noirceur ou à la mort etc.

 

L’idée est de créer sous forme de carton trois cercles concentriques reliés et de permettre les permutations d’éléments. Ainsi, accessible immédiatement et interactif, l’outil indique par sa nature et sa maniabilité le changement permanent du figuralisme. Ce qui permet de créer une identité émotionnelle complexe (et non pas compliquée) qui me semble davantage refléter notre nature.

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Sur le bord il y a les émotions primaires (peur, amour, dégoût, colère, tristesse, surprise) mais les élèves vont peut-être les nommer autrement ? Ou en trouver d’autres ?

En vert au milieu les paramètres du son (hauteur, timbre, fréquence, nuance de colume, durée, vitesse), mais de la même façon, quels sont les mots que les élèves vont y associer ? Nous verrons, même si aigu, grave, rapide, lent, fort, doux risquent de revenir parfois dans des cases.

Au centre en orange, les éléments de vocabulaire descriptif, appartenant aux champs lexicaux de la nature, de la mort, de la joie, de la guerre, du fantastique etc. Tout ce qui sert à décrire une oeuvre .

Deux inconnus encore :

  • le nombre total de cases, on va essayer de donner une cohérence mais je tiens à ce que cela soit un outil créé par les élèves pour les élèves. Donc je n’ai pas de réponses encore. Mon choix de 6 est arbitraire et purement pratique ici dans l’esthétique globale.
  • La lisibilité entre le centre et le bord, peut-être que j’inverserai orange et bleu tout en gardant le vert au milieu, on verra in situ.