L’évaluation, réflexions personnelles

Préambule

Quand on se heurte à la question de l’évaluation, on se heurte à plusieurs résistances.

D’abord est-on libres d’évaluer de la façon que l’on souhaite en tant que prof ? Oui, notre devoir est d’évaluer pas nécessairement de noter.

Ensuite pourquoi changer ? Là, c’est un positionnement personnel. Il y a beaucoup d’avis et de propositions alternatives très intéressants et je pars du principe qu’un professeur souhaite le meilleur apprentissage possible pour ses élèves, je pose ce point en postulat.

Si l’élève se façonne avec un devoir seulement, si c’est l’exercice seul qui façonne l’individu, alors cela signifie qu’il n’existe qu’une psychologie de l’enfant et que la psychologie est une science dure.

Il n’en est rien. Il ne reste donc qu’un barème proposé selon une norme. Suit-elle une courbe de Gauss analysée en sociologie ? Non plus, il n’y a que des avis.

Cette façon de noter suit elle une imitation de la vie active contemporaine ? Non plus, même dans notre profession les notes ne suivent pas ce raisonnement de façonnement vis à vis du travail.

Que reflète la vie professionnelle ? Une autonomie parfois, une obéissance, des nécessités, un salaire, des contraintes, du plaisir, des créations, des groupes ou des individus, la liste est longue. Là aussi, il y a des choix de points de vue et peu de réalité. Donc nous sommes sur une voie de réflexion totalement arbitraire.

Y a t il des études sur l’évaluation ? Oui énormément même. Et leurs conclusions diffèrent toutes, dans la mesure où, et c’est normal, ces études sont effectuées chaque fois en contexte différent.

Puisque nous sommes définitivement sortis de l’aspect universel du débat qui semble vain, il s’agit alors de se positionner en tant qu’individu.

Pour ma part, ce qui rejoint ma sensibilité est la considération animale de l’humain en tant qu’espèce mammifère élevée par la protection d’un adulte bienveillant, se nourrissant de son expérience et la transformant en acquis culturel, avec un aspect inconscient d’intégration que l’on appelle nature ou instinct, afin de faire face à la compensation de plusieurs handicaps biologiques et donc afin d’étendre par la création concrète ou virtuelle d’outils l’éventail des champs d’action sur le monde.

La transmission simple et son évaluation stricte m’apparaissent donc faussées, adaptables à un objet mais pas à un être vivant.

La répétition nécessaire utilisée simplement comme activation de base m’apparaît inutile si elle est dénuée de conscience globale et contextuelle.

L’addition d’évaluations d’exercices différents en contextes différents me paraît fausse mais pas la réduction symbolique en tant que point d’ancrage mémoriel. Le concept de moyenne de notes me paraît donc infondé mais son impact symbolique est puissant.

L’affectivité dans l’éducation me paraît naturelle et même nécessaire dans le transfert cognitif.

Le transfert cognitif m’amène à penser la nécessité de la simulation pédagogique et donc de la ludification.

Le manque d’ingénierie pédagogique m’apparaît enfin dangereux dans cette absence de vérité absolue.

Ces postulats prudents m’amènent pour les mêmes raisons à préciser que ce n’est pas une vérité absolue qui peut être proposée en évaluation ni même en pédagogie, mais le fait de la déconsidérer et l’ignorer est pour moi une négation de notre condition, une voie idéologique arbitraire érigée en postulat, donc, une erreur intellectuelle qui a des incidences sur d’autres êtres humains.

Pour résumer le préambule, chacun fait comme il peut et comme il le juge bon, s’il y arrive, c’est déjà très bien.

Évaluer sommativement selon un modèle :

 la note

notes

La réduction symbolique est en soi une moyenne. Sur 20, 10,5, en lettres A, B,C etc. Le barème implique une codification attendue par le professeur et sa traduction sur une échelle. Le problème principal est que le symbole est en soi un point d’ancrage mémoriel fort et qu’il se diffuse par sa simplicité dans des zones de considérations pour l’élève, tout à fait multiples, comme la caractéristique de sa personnalité, de son potentiel, alors que son but est tout autre.

Autre problème, ce système provoque une réaction de rejet et d’échec vécu comme immuable, une perte de confiance sans forcément entraîner une volonté d’amélioration. Il faut donc une dose énorme de bienveillance de la part du prof  (ce que je pense être le cas de la majorité des enseignants) et une sécurité psychique forte de l’élève, pour que chez lui il puisse entendre que ce n’est pas grave mais important d’avoir une mauvaise note et que le but est d’améliorer son travail. Ou alors il faut accepter que l’élève puisse ne jamais se remettre d’une souffrance scolaire et être prêt à être responsable du fait qu’il n’ait pas pu révéler son potentiel. Sinon, on peut aussi se sentir totalement compétent dans l’élaboration d’un devoir et se déposséder de toute cette considération si on a suivi une scolarité parfaite, mais qui doit apprendre alors toute l’autonomie nécessaire à cet effort acharné, à des individus dont le cerveau n’est pas même physiquement totalement mature ?

L’appréciation qui suit l’évaluation se révèle donc la part de conseil personnalisée importante dans le dialogue prof-élève ainsi que les annotations de copie. Ce procédé présente des avantages nets mais il est long et contraste avec le débordement du symbolisme de la note. On peut centraliser son application et ainsi passer aux compétences de façon logique.

 

Évaluer sommativement avec une prise en compte du formatif :

les compétences

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Les nouveaux programmes sont organisés sous forme de compétences, ce qui facilite l’angle des évaluations. Un devoir implique donc plusieurs compétences attendues, ce qui ajoute une personnalisation fortement sans perte de temps. Là encore, des échelles de valeurs précisent l’acquisition complète ou non de la compétence, l’avantage du système étant d’être précis et de diminuer l’impact symbolique du résumé global du devoir. Il n’efface pas quand même certains de ses inconvénients : l’élève peut réduire son devoir à un nombre de compétences acquises, que ce soient par des lettres ou des couleurs. L’élève peut centrer facilement ses efforts sur des points, mais des paramètres échappent parfois à l’évaluation demandée (puisque son but est d’être détaillé), alors que la note présente un mode de pensée global intéressant dû uniquement pour moi dans la force du symbole. Il apparaît donc et c’est logique, que pour un même devoir, des compétences acquises correspondent à une note moins forte que celle attendue. La question est donc : un devoir peut-il être noté différemment d’un correcteur à l’autre ou est-il objectivement évaluable ? Le correcteur étant un être humain, nécessairement et qu’importe le système, le résultat sera changeant. À part faire appel à une machine, il s’agit donc de prendre en compte une compétence et sa modularité. Il me semble que les ceintures de compétences répondent à cet objectif.

 

Évaluer sommativement et formativement à la fois :

 Les ceintures de compétences

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Appelées ceintures en référence à l’adaptation progressive des acquisitions des arts martiaux japonais effectuée à l’origine par Jiguro Kano pour faciliter la compréhension d’une progression pour un individu né dans une culture occidentale, les ceintures sont la manifestation de niveaux et d attentes intrinsèques à plusieurs compétences. On attend d’un élève qu’il passe une ceinture à chaque devoir, cette ceinture correspondrait à un niveau de difficulté et d’autonomie croissant selon sa couleur. Ce système est encore un système gradué mais qui permet l’effort de l’élève accessible directement. On entre dans un détail de personnalisation intéressant car chaque élève peut graduer ses propres compétences à acquérir, la visée étant une autonomie dans la démarche même de travail. C’est aussi la visée des badges de compétences

 

Évaluer formativement par balises sommatives :

les badges

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Un badge qualifie une étape d’apprentissage que l’on peut acquérir à tout moment, sans forcément qu’il y ait une gradation, le but étant d’en avoir le plus possible, ce qui signifie le plus de savoir ou savoir-faire. Les badges marquent des étapes et on peut en décerner entre pairs, ce qui favorise l’évaluation collaborative. Ce système marque une autonomie accentuée et spécialise l’élève, le rendant acteur unique de son propre apprentissage, avec la notion de parcours. La comparaison entre élèves est encore présente, mais la portée du symbole est tout à fait positive, il n’y a pas de badges « mauvais devoir » ou de badges « ceinture blanche » . Par contre il n y a plus comme dans les ceintures la considération de la difficulté et des possibilités de l’élève.

 

Faire soi-même en fonction de ses objectifs

Mon approche personnelle est issue de ces deux derniers aspects, avec une dimension totale de parcours, en centralisant sur l’autonomie par la considération de l’outil , en accentuant le tutorat par les pairs et en prenant en compte la théorie des intelligences multiples mais non centrée sur l’élève, toujours sur l’outil utilisé pour obtenir la compétence ou l’item que je demande. Ce ne sont d’ailleurs plus des items mais des démarches au sens large qui sont aux compétences ce que les projets sont à plusieurs matières. Mon système d’évaluation est sous la forme de plusieurs cercles concentriques à branches, je l’ai appelé « spherier ». Je ne prétends pas l’ériger en exemple à suivre, mais plutôt en témoignage d’une ingénierie pédagogique personnelle.

 

lien vers le sphérier

Évaluer formativement et auto évaluer : le tutorat.

tuteur

L’évaluation peut aussi se transmettre entre pairs en tutorat, on peut graduer cette transmission par nombre de tutorés par exemple au regard de la difficulté de la notion à transmettre. Là aussi le système des badges est efficace.

Le tutorat entre pairs n’est pas unique, on peut être tuteur prof-élève, prof-prof, groupe-individu, groupe-groupe, etc.

Laisser la gestion de l’évaluation entre les élèves : d’une classe à l’autre, d’un niveau à l’autre

Évaluer une progression et des responsabilités dans l’acquisition des compétences : les îlots

ilots

Qu’ils soient bonifiés (chaque îlot concoure à résoudre les exercices) , par rôles ( chaque élève a une responsabilité précise), coopératifs ( les îlots travaillent de façon autonomes, mais chacun concoure à remplir un élément du travail commun final , ou ils s’aident les uns les autres) , évaluer les îlots selon l’un des modes précédent entraîné encore des modifications de points de vue sur le travail individuel .

Évaluer par un projet (exposition, concert, forum) finalisé entre aussi dans cet esprit.

Scénariser des pratiques déductives comme les tâches complexes peut amener à ludifier un système entier et l’évaluation pourra alors concerner en plus de la maîtrise des compétences utilisées et de la coopération, un mécanisme de correspondances entre les items afin d’atteindre un but commun et individuel.

Dans une optique de personnalisation du travail, on pourra ensuite distinguer les éléments inéchangeables par l’élève directement : les handicaps bien sur mais aussi les particularismes

Ce ne sont que des réflexions personnelles, un avis. Aucunement une posture d’exemple, j’ai dans ma carrière eu d’autres avis et souvent aucun avis du tout. J’ai testé tous les exemples dont je parle en éducation musicale et je pratique la double évaluation, c’est à dire que les élèves sont habitués aux codes couleurs du sphérier et au tutorat par pairs, mais ils ont aussi le détail chaque fois des compétences que je leur demande et enfin ils ont sur le bulletin une note que j’essaie de faire correspondre à tout ça, car la cohérence d’équipe et d’établissement m’est chère.

Je suis ouvert aux échanges ou à l’altérité, mais pas à l’agressivité. Le débat d’opinion n’est pas mon fort avec des inconnus, si jamais quelqu’un lisait cet article, je préfère prévenir tout de suite. Quoi qu’il en soit :

La question première sera toujours : évaluer : qui, quoi et pourquoi ?

Élaborer des problématiques de cours

En Education Musicale, la question de la problématique de cours relative à nos items peut se révéler un acte créatif en soi, à l’image d’une création artistique, elle se crée en faisant parfois a posteriori même de la construction d’un cours, ou pensée en amont.

Parfois même, un cours peut servir plusieurs problématiques et s’insérer dans des progressions différentes, parfois il semble totalement voué à l’expression d’une seule compétence. Je n’ai aucune prétention de vérité puisque je construis mes cours avec toutes ces démarches : parfois la problématique va naître à partir d’une œuvre qui me touche ou qui me paraît expressive d’un phénomène sonore important, parfois la problématique naît sans œuvre et j’en cherche qui correspondent, parfois c’est une activité qui me donne d’autres idées , bref j’ai du changer de progression annuelle … Tous les ans .

L’idee d’une petite mindmap afin d’aider peut-être à créer des problématiques de cours m’est venue pour inscrire quelques questionnements qui me viennent en même temps d’un coup, c’est comme mettre à plat un plan d’un dé. Bref si ça peut aider, c’est bien, au pire ça ne restera qu’une page perdue.

IMG_2506.PNGproblématique cc_resultat
Chaque capsule se lisant en se posant les questions CQQCOQP

combien,qui,quoi,comment,où,quand,pourquoi

Ou plus directement les questions de sens : quoi, pourquoi ?

La problématique naîtra simplement de la mise en point de départ d’une posture élève, totalement néophyte ainsi que de cette question « pourquoi ça existe plutôt que non » . C’est en tout cas ainsi que je fonctionne autour de la philo de l’art.

Logos 

Lors d’un stage de catamaran cet été , j’ai appris comment retenir à effectuer des virages en fonction du sens du vent grâce à un dessin en forme de tortue dans un style maori, enfin c’est ce à quoi le dessin m’a fait penser. Je me suis imaginé alors que peut être les tatouages maori étaient des symboles maritimes de mémorisation et sur la mer, j’avais le dessin en tête tout le temps.

J’ai donc transposé cette interface symbolique visuelle à la musique , après vu les rébus musicaux très inspirants de la très inventive @verlacoc et je vais la tester cette année . Après tout, les symboles musicaux et la plupart des alphabets ne sont ils pas ainsi conçus ?

L’oiseau et le papillon sont réalisés à partir de clefs d’ut, sol et fa. Le but est d’avoir en tête un dessin simple qui rappelle une notion pratique, un alphabet mental pour la pratique sonore.

Les totems sont réalisés de façon à ce que graphiquement, leur ordre de réalisation corresponde aux tons et demi-tons des gammes majeures et mineures ( ici en ionien et aeolien pour faciliter la compréhension).

Toujours sous c.c. , j’ai utilisé l’application IOS « paper » gratuite, qui est un soft de dessin , comme paint sous win par exemple, mais je préfère le tactile vu mon … Niveau … En art plastiques ( et pourtant j’adore ça ! ).


  
  


  

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Wallpaper notions

Suite de la série des wallpaper , de la même façon que les autres, création possible par les élèves . Il s’agit de trouver le chemin le plus direct afin d’arriver à la compréhension d’une notion technique.

Cela a déjà été fait plein de fois j’en suis sur, j’avais beaucoup aimé ce qui existait autour des parallèles entre architecture et structure ( forme ABA avec un château symétrique et ses deux ailes ) .

Si elles vous plaisent elles sont toutes en creative commons, réutilisation non commerciale .


  
  
  
  

 Les images et photos utilisées pour ces wallpapers sont toutes évidemment libres de droit ou déclarées comme telles sur internet.

Les îlots ludifiés – principe –

Carte des rôles des ilots ludifiés, correspondante aux activités proposées dans ce site

mindmap ilots

on peut les retrouver en utilisation ici :

Mais on peut, ou en tout cas j’ai appliqué ces rôles dans presque toutes mes activités de cours en navigant entre groupe classe et îlots ou encore travail collaboratif tutoré.

Merci à @LaetitiaFerrari de m’avoir donné l’idée de le publier sur internet et donc d’en faire un article pour s’y référer.

Wallpaper « titres d’œuvres »

La série des wallpapers continuant, j’essaierai probablement de leur faire créer le leurs à partir soit de notions musicales, vocabulaires techniques ou titres d’œuvres dans un premier temps, puis dans un second temps avec les titres qu’ils choisissent.

Cette activité pourrait aussi conclure une séquence par une synthèse personnalisée autour de la notion étudiée , ou servir d’outil de synthèse et/ou d’expression d’un ressenti autour d’un projet qui aborde une œuvre de manière détournée. Je n’en sais rien encore, mais c’est très amusant à faire, même si mes talents de poètes sont encore férocement à démontrer.  

    
    
    
    
  
    
 
    
  

Wallpaper « En musique j’ai le droit »

C’est en regardant une superbe affiche de @Romypartage (que je remercie vivement au passage pour sa création) autour de la confiance en soi pour les élèves de sa classe, que j’ai réalisé ces petites fiches. Elles sont à destination du site du collège partie éducation musicale, seront probablement dans des dossiers cloud de chaque élève. J’envisage d’en réaliser une affiche ou d’en imprimer et plastifier certaines mais surtout de les mettre en wallpaper sur les mini ipad dans la classe , en wallpaper sur l’ordi du bureau de ma salle (je change de fond d’écran toutes les semaines, parfois les élèves décident parfois c’est moi) et de les proposer sur leurs BYOD.

La partie concrète en cours sera d’en parler et d’en faire créer une par classe afin de solliciter les élèves dans l’implication des règles de vie commune. C’est aussi une direction possible pour l’EMC avec l’Histoire-Géo facile et rapide. On publiera sur le site ou dans un padlet de cours ainsi que sur la twittclasse les créations.

Réalisées avec Typorama (appli payante que j’ai téléchargée lors d’une opération de gratuité sur Ipad) mais on peut obtenir de magnifiques résultats avec Piktochart (online) en gratuit.

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Le Sphérier

La naissance de cet outil d’évaluation vient d’une posture différente concernant l’appréhension des compétences à acquérir en Education Musicale. Cet article est une réflexion et ne se veut aucunement péremptoire, novateur ou infaillible, comme d’ailleurs le principe « lab » / expérimental de ce site. Le sphérier est pour l’instant sur creative commons la plus fermée car il me faudra encore du temps pour l’éprouver et me confirmer ou m’infirmer sa pertinence.

Ayant soumis cet outil à supervision depuis quelques mois , je le teste depuis l’an dernier.

Mon très estimé collègue d’ #edmus @vleroux44 vient d’en réaliser avec un brio immense la concrétisation numérique et j’ai testé ce système avec quelques classes cette année, ce qui m’incite maintenant à expliquer son fonctionnement.

Ma très estimée collègue d’#edmus @zikmuable a grandement contribué dans son élaboration par un travail commun autour des îlots par rôles et du sphérier lui-même. Je lui ai pris sa forme finale, très inspirée aussi par l’excellent site méludia.

Les notes ne me posent pas de problèmes en soi tant qu’elle sont considérées (et je reprends le terme d’une amie-collègue) comme un curseur. C’est le concept de moyennes qui m’échappe et la considération du travail scolaire qui en découle, de même que l’unique visée d’une perfection d’un rendu attendu jugé par un expert lui-même issu de ce système qui me pose question, ce qui implique pour moi un nombre de paramètres important laissés de côté. D’abord des paramètres d’outils : avec quels outils intellectuels a-t-on réalisé tel travail ? L’outil utilisé influence-t-il le rendu ? Où est l’arbitraire dans l’évaluation d’une performance musicale ? Bref, qu’évalue-t-on et pourquoi ? Qu’est ce qui reflète dans la société le travail de l’école ? Je n’ai pas de réponses toutes faites à ces questions mais je ne peux m’empêcher de me les poser.

Les compétences ne me posent pas non plus de problème, les ceintures non plus. C’est la gradation face à un système fini qui me pose questions : comment évaluer une compétence (graduée ou non) ou dans un système de gradation externe (ceintures face à un projet/objectif) et que l’on a acquise une fois ? L’acquisition est elle définitive ? Est-elle rétroactive , que faire en cas d’oubli ? Comment estimer l’utilité d’une compétence face aux outils contemporains où le numérique va remplacer dans le pire des cas cette acquisition ? Où va se situer l’autonomie de l’élève ? Quel rôle avons nous à jouer professionnellement face/avec ces paramètres ? Le but d’acquérir des compétences qui sont elles aussi graduées ne remplace-t-il pas le chemin d’autonomie et la volonté de s’extraire d’un accompagnement ? Pourquoi le but de l’école est d’y rester ?

Alors peu à peu s’est dessiné un outil d’évaluation situé entre la compétence précise d’éducation musicale et le socle commun, un outil rétroactif visant l’autonomie, visant à se débarrasser de l’outil-même, un outil rétroactif prenant en compte l’inconnu en évaluant les outils intellectuels ou audio/physique relativement aux travaux/compétences attendus. Un « méta-outil ». Dans cet outil-parcours, la notion de progression reste présente, mais elle se situe vis à vis de l’outil utilisé dans la compétence attendue. Comme j’aime beaucoup les jrpg (Japanese role playing game), j’ai trouvé dans le sphérier de FFX (un jeu vidéo) beaucoup de pertinence dans la forme et l’adaptation de mes questionnements.

J’ai testé ce système cette année avec quelques classes tout en continuant le système traditionnel. Il apparaît qu’un programme dédié est ultra rapide dans son application puisqu’il faut simplement appuyer sur une sphère, comme on valide un qcm et c’est là le travail extraordinaire de @vleroux44 .

D’abord la finalité du sphérier :

sphérier principe

Des méta compétences à gauche qui reprennent les actes et directions créatives communes à toutes les compétences en éducation musicale insérées dans les activités de plus en plus complexes et reliées à droite. J’ai cherché des « fondamentaux », des « universaux » des compétences proposées par les programmes. Bien sur il n’y a rien d’exhaustif et ce n’est que mon point de vue dégagé de toute ambition de perfection. Il y aurait beaucoup à redire c’est très certain.

Ensuite les méta compétences explicitées

sphérier méta compétences

j’ai opté pour des petites icônes trouvées gratuitement sur un site dédié afin que rapidement un élève puisse s’y retrouver (et moi aussi).

Toutes les sphères. A gauche un récap des méta compétences qui intitulent les parcours du sphérier général, à droite les pastilles qui viennent se placer dans les mini sphérier de travail collaboratif et de tutorat.

sphérier pastilles

Les tuteurs sont des titres accordés en fin de trimestre ou des badges décernés en fin d’année. Chaque tuteur s’occupe de réexpliquer ou de mener un groupe lors des activités de cours. On peut être tuteur plusieurs fois dans l’année mais aussi l’être et ne plus l’être d’un trimestre à l’autre, à condition d’avoir validé des compétences attendues, soit dans le contexte de l’activité pour les tuteurs ponctuels d’élèves ( ils ne possèdent pas forcément toutes les compétences de la séquence ) soit plus largement pour les autres tuteurs.

En bas à droite , les rôles des îlots (voir article correspondant) .

Une explication ici. Un petit rond signifie qu’on a été dans ce rôle une fois, puis la taille du badge augmente pour s’insérer dans son sphérier au fur et à mesure de la pratique de ce rôle. Avec un cours hebdomadaire d’une heure, le sphérier badges des îlots est rarement rempli annuellement.

spherier explication badges

Donc au final, l’élève aurait ces symboles tout prêts

sphérier pastilles des sphères

Les couleurs à gauche symbolisent des outils avec des tendances sensorielles d’acquisition. C’est un détournement de la théorie des intelligences multiples. C’est une théorie qui me séduit car mon expérience fait que je suis bien incapable tout seul d’analyser si tel élève utilise telle forme d’acquisition ou tel moyen, alors que je me rends bien compte que la diversité des modes de transmission ainsi que l’apaisement des émotions de colère, de peur, de dégout (etc.) favorisent cette même acquisition. Classer des élèves en fonction de leur « type » d’intelligence m’apparaît être une erreur, un danger même, mais classer l’outil utilisé dans une mise à égalité totale des types d’intelligences me paraît être plus juste tout en favorisant la diversité recherchée.

Les pastilles s’intègrent dans des cercles de différentes tailles correspondants à l’autonomie attendue, le principe étant que moins l’élève se sert d’outils et/ou de ce que je peux lui apporter et que l’outil donc perd sa place principale, plus l’évaluation est importante/réussie/récompensée etc. En fait, plus l’élève sait se débrouiller sans l’outil (intellectuel/concret), mieux c’est. Je vais faire une comparaison très exagérée afin de clarifier ma pensée : si on pratique une aussi belle retouche photo avec un labo photo, voire avec des techniques de peintures hyperréalistes plutôt qu’avec le dernier IPomme 32′ et Colorshop , c’est mieux. Mais il faudra commencer par le méta-outil le plus complet pour comprendre les bases. C’est une forme inversée d’apprentissage des bases  (pour faire un trait d’humour illustratif). Pour illustrer plus précisément en éducation musicale : si on peut chanter avec le clip de l’artiste, c’est un outil complet. Mais si on peut chanter la même chose avec la même qualité en ne s’accompagnant que d’une guitare ou d’un clavier alors c’est mieux. Les compétences musicales se retrouvant alors en aide directe pour favoriser l’autonomie (conscience de la hauteur, des timbres, des rythmes etc.). Je ne les ai pas incluses dans le sphérier car ce sont des éléments tellement longs à acquérir dans des structures qui les visent (conservatoires , écoles etc) que chaque professeur peut prétendre en tant qu’expert à les évaluer dans sa propre matière suivant ce qu’on recherche. Et puis c’est un autre métier que de les former à devenir des virtuoses, un métier jumeau, très proche, mais pas le même que le mien.

Enfin ce que j’appelle un outil ici est un média/interface entre l’élève et l’objectif. Un playback est un outil au même titre qu’un programme de composition ou une « feuille » papier ou numérique de cours par exemple.

Voici donc l’ordre de la taille des sphères et donc de l’autonomie attendue.

taille des sphères

Les appellations « exercice » « travail » « exposé » etc. ne sont là qu’à titre illustratif pour surement très maladroitement traduire une pensée d’ordre complexe et relié des activités. Chanter sur un clip fait partie de l’ordre des « exercices » car l’outil est complet et donc la part de l’autonomie de l’élève moindre. Chanter en dansant ou transformer en slam une chanson rock tout en s’accompagnant au bouzouki ou avec un accompagnement créé avec table de mixage ou je ne sais quoi fait partie du chef d’oeuvre tant la part d’autonomie est importante.

Les couleurs signifient le type d’intelligence à laquelle l’outil est rattaché. Un playback avec paroles écrites (ce qu’on appelle un karaoke ) est rattaché par exemple au verbal. Un texte seul sur feuille est intrapersonnel. On peut combiner des couleurs de façon à créer des sphères comme un trivial poursuit (le jeu de plateau). Je n’ai pas de classification arrêtée encore, j’en ai testée plein, je n’ai pas assez de recul et de connaissances pour être de toutes façons catégorique sur quelque chose. Au moins, je sais que les outils utilisés par les élèves changent peu et je peux graduer l’outil (chanter sur un playback est plus facile qu’avec une feuille) ce qui m’incite à leur proposer de changer d’outil. J’ai remarqué que les outils que je classais dans visuel et verbal revenaient souvent dans leurs choix mais que les élèves et en particulier les élèves « singuliers » prenaient d’autres formes d’outils qui leur permettaient facilement d’acquérir la même compétence.

Voilà le sphérier maintenant avec d’abord les petits sphériers de travail collaboratif et de rôles

sphérier rôles et badges tutorat

celui de gauche :

  • colonnes = tuteur élève / groupe (taille variable entre 2 et 7 par exemple, ou plus facilement des îlots de 4-5) / classe entière
  • lignes = ponctuel / trimestriel / annuel (que l’on obtient en finalité)

celui de droite :

ce sont les rôles par îlots tels qu’envisagés cette année 2014-2015 dans mes cours. Petit rond = une fois etc.

Et le sphérier global, que l’on conserve un an

sphérier

le nom est à inscrire en haut à gauche.

Je répète bien que ce système est une expérimentation, que je ne possède aucunement une quelconque vérité et qu’il est destiné à évoluer (en fait, j’ai déjà pensé à quelques variantes) mais en voilà son principe de base. Je vais le retester cette année encore. Les retombées sont pour les élèves : une transcendance de la culpabilité et un amoindrissement de la peur dans l’échec fantasmé (puisque c’est l’outil ou le prof qui fait à sa place dans le pire des cas car à travers un travail c’est l’outil qui est évalué), une volonté d’accomplissement ( puisque le chef d’œuvre incarne une appropriation et un dépassement des consignes d’exercices), une simplicité ludique permettant l’autoévaluation ( on choisit des couleurs) , une diversité (l’outil est rétroactif : on se balade dans le sphérier en remplissant une sphère d’une taille et on peut la fois d’après remplir une taille différente d’un autre parcours) et une rapidité (encore plus avec un programme).

La vue eleve sur le cours avec les repères d’évaluation  :

  
  Extrait d’un padlet de cours
  


 
 

 

 

 

 

 

 

 

Un apprentissage à la lecture de la mindmap

Ce projet n’étant pas encore réalisé en situation, l’article sera surement modifié ultérieurement. Cet article est donc une prévision.

Suite à des discussions sur Twitter avec @zecalvin et @zikmuable, la nécessité d’un apprentissage de la lecture d’une mindmap peut se révéler intéressant afin de mettre en place des mécanismes d’activités coopératives au sein de la classe. Par la ludification de cet apprentissage, l’apprentissage pourrait se faire naturellement sans efforts et efficacement afin de palier à la difficulté de globalisation et de retours sémantiques constants qu’implique une mindmap non hiérachique.

Puisqu’en Education Musicale je vais utiliser et réutiliser des outils que j’ai créés l’an passé (earmap, timemap, sphérier) ,ou réutilisé (mindmap de synthèse de cours ou d’analyse d’oeuvre avec les 5W) et dont le sens de lecture n’est pas chronologique ou linéaire, maîtriser rapidement cet outil me paraît important.

mindgamevue

(exemple illustratif )

A ce titre j’ai créé un jeu en mindmap avec l’appli gratuite Mindly (IOS / And) à l’instar des livres dont vous êtes le héros qui ont bercé mon adolescence. Ce jeu ne renvoie pas à des notions musicales pour l’instant car c’est une version 1.2, je voulais tester ce détournement de la mindmap avant. C’est donc un prototype que vous pouvez télécharger en .pdf (license cc)

mindgame

Le principe est de partir de la case centrale et de suivre les embranchements en fonction de ce que l’on souhaite faire.

J’imagine des consignes, à réaliser par groupes en cours, qui seront :

consignes

 

et une feuille d’aventure qui peut ressembler à :

cartaventure

 

En second cours, une expression orale de cette mindmap suivra par le résumé de l’aventure .

Il s’en suivra peut-être une mise en place des îlots en attribuant des rôles pour améliorer la stratégie de réussite. Rôles qui peuvent être créés et inventés par les élèves eux-mêmes. A tester. J’ai espoir que cela favorise le collaboratif et l’invention de stratégies en autonomies en plus de l’apprentissage du procédé mindmap.

Dans le même ordre d’idée, une mindmap présentation (merci encore @zecalvin pour cette idée !) pour le premier cours par numérique, à la maison ou en classe, je ne sais pas encore, probablement les deux.

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voilà le canevas en pdf : mindly